



Billet du 25 juillet 2010
« Pour Nadav… »
Bonjour,
Il s’appelait Nadav. Nadav Shavit. C’était un jeune garçon âgé de 11ans, prêt à entrer dans la tumultueuse adolescence. Fils de parents israéliens, Yaël et Yaron, ils formaient ensemble avec son grand frère Eden un quatuor familial aimant.
Et pourtant depuis l’âge de 3 ans, Nadav était frappé de surdité, de ce handicap invisible pour les autres. Toute la famille s’est mise à l’apprentissage de la langue des signes pour communiquer avec Nadav mais aussi avec ses amis et ses éducateurs. Depuis quelques mois Nadav était atteint d’une maladie neurodégénérative qui l’a plongé dans de grandes souffrances jusqu’à le priver de la vue. Nadav s’est éteint la semaine dernière et a été inhumé la veille de Tishea BeAv.
Lors de ses obsèques pourtant c’était la vie qui prévalait. Ses parents réconfortaient les uns et les autres. Des jeunes de l’Hashomer Hatzair ont chanté avec beauté et émotion la magnifique chanson d’Arik Einstein « Ouf gozal », « l’oiseau s’envole ». Il y a parfois des chants populaires qui résonnent avec la même intensité qu’une prière séculaire. Un de ses camarades Bachir, sourd comme lui, a chanté en langue des signes « Il est cinq heures Paris s’éveille », Nadav aimait tant cette chanson qu’il n’avait jamais entendu mais vu, dans ses rythmes et ses gestes.
Me fallait-il comme le veut la tradition ouvrir la cérémonie par la bénédiction « Dayan haémèt » où nous déclarons que Dieu est un Juge de vérité, qu’il nous faut nous incliner devant Sa volonté lorsqu’Il retire une vie humaine de cette terre ? Je n’y suis pas parvenu… Yaron, le papa de Nadav m’avait dit que son fils avait vécu « une petite Shoa ». J’ai alors pensé à cette profonde phrase d’Elie Wiesel qui disait : « Avec Dieu ou contre Dieu, mais jamais sans Dieu ». Mais il ne nous fut même pas pensable un instant d’être « contre Dieu », toute l’assemblée au contraire élevait ses prières. Yaël, la maman de Nadav, qui avait veillé son fils par la lecture des Psaumes fut interpellé par le Psaume 6 de la Bible qui de la souffrance jusqu’au souvenir nous rappelle la fragilité de nos vies. Décidemment, chacun trouve son chemin pour prier, pour s’adresser à Dieu.
Quelques instants avant, en ce même cimetière de Pantin, c’était un autre petit enfant de deux ans et demi décédé accidentellement, Joey Avi Taïeb, qui sous le regard de ses parents et grands-parents rejoignait trop tôt une demeure improbable. Les larmes des deux familles se croisèrent à vingt mètres d’intervalle. Et pendant ce temps, Paris se vidait de ses habitants et l’on inaugurait « Paris plage ». Un Kohélèt des temps modernes aurait probablement était ému par cette situation. Il y a peut-être un temps pour tout mais ce temps n’est pas toujours juste.
Nadav aurait voulu avoir le temps de grandir pour être connu, c’était son souhait. Exister pour des inconnus. Etre connu et reconnu. Il s’appelait Nadav Shavit. Ne l’oubliez pas !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 11 JUILLET 2010
« Identités juives… »
Bonjour,
Le président des Consistoires, parisien et Central, Joël Mergui vient de signer un article dans lequel il fait part de son inquiétude face à l’assimilation de nombreux Juifs relevant que la population mondiale s’élève à 13 millions d’âmes. Relayant l’observation du rabbin Steinzaltz, il semblerait que nous perdions chaque minute un Juif, non de mort naturelle, mais plutôt par « assimilation naturelle ». Constat édifiant et alarmant s’il résultait d’un calcul mathématique implacable.
Joël Mergui ne manque pas d’observer que la Shoah a représenté un cataclysme sans précédent non seulement dans l’histoire du peuple Juif mais également dans sa démographie et de citer les potentialités telles Freud ou Einstein que la barbarie nazie n’a pas permis de voir éclore. Mais précisément des personnalités telles que le père de la psychanalyse ou encore celui de relativité n’étaient pas des modèles d’un judaïsme religieux ou identitaire. Etaient-ils des Juifs assimilés ? Oui certainement. Et pourtant ils représentent, au même titre que d’illustres Rabbins et autres personnalités une composante de notre identité en même temps qu’une fierté.
Je ne plaide pas pour l’assimilation qui représente l’antithèse du travail d’un Rabbin au jour le jour, mais j’observe que la communauté juive est multiple et qu’il n’existe pas un modèle identitaire. On peut idéaliser la judéité en disant qu’elle s’appuie sur l’étude, la pratique et l’affirmation de son identité mais force est de constater qu’il y a presque autant de judaïsmes que de Juifs ! Il y a cela d’extraordinaire avec le judaïsme que l’on peut être religieux ou laïc, sioniste ou non, pratiquant ou pas, croyant ou non…il n’en est pas moins vrai qu’un Juif demeure un Juif.
Bien entendu, je partage avec Joël Mergui son inquiétude face à l’assimilation, en revanche je ne pense pas qu’un juif assimilé – mais encore une fois qu’est-ce que l’assimilation ? – soit perdu pour la communauté et ne pourrait plus compter dans la population juive. Etre Juif c’est avant tout appartenir à un peuple en partageant son histoire, son présent et son destin. On parle souvent d’une chaine et de ses multiples maillons. Chaque juif est un de ces maillons plus ou moins solide ou fort. Contrairement à un ancien jeu télévisé, le maillon faible n’est pas celui qui doit être exclu mais celui que l’on va chercher à renforcer. Avec une certaine ironie je serais tenté de dire que nous avons en la matière pas mal d’expérience. Il n’est qu’à observer tous les appels qui sont lancés en ce moment pour réunir les fidèles, et en particulier ceux qui ne sont pas familiers du chemin de la synagogue, à venir rejoindre les nombreuses assemblées qui se réuniront pour les fêtes de Tishri. Je ne sais pas si Freud ou Einstein fréquentaient la synagogue le jour de Kippour mais ils n’en demeurent pas moins des juifs dont nous sommes fières et qui comptent à part entière dans notre histoire séculaire.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 4 JUILLET 2010
« Kiev avant Tel-Aviv… »
Bonjour,
Alors que la saison estivale vient de s’ouvrir, les transhumances vers des destinations plus ou moins lointaines commencent. Il y aura comme toujours deux clans, deux familles : les juilletistes et les aoutiens. La réalité sociale cependant fait que rares sont les personnes qui partiront un moins entier favorisant plutôt de courts séjours quitte à les répéter dans l’année. Et puis il y a surtout cette moitié de français qui ne partira pas du tout en vacances.
Les prix cassés sur de nombreuses destinations décideront probablement la plupart des estivants au dernier moment et le bassin méditerranéen attirera, comme toujours, de très nombreux français. Le bassin méditerranéen ou presque si l’on excepte…Israël. Car comme toujours décider de prendre ses vacances en Israël a un cout et celui-ci est souvent exorbitant. Nombreux sont ceux qui rêveraient de pouvoir passer quelques jours ou quelques semaines en Israël mais qui ne le peuvent faute de moyens. Contre toute logique commerciale, le prix des avions ne semble pas vouloir baisser et l’on a même ce sentiment gênant comme le titrait il y a quelques temps « Actualité Juive » que l’on nous prend pour des « pigeons ». On nous avait promis, a renfort de publicité, qu’El Al réserverait des centaines de billets d’avion à prix casés. Ou sont-ils ? Il faut passer par des escales improbables : Prague, Kiev ou encore Madrid pour relier Paris à Tel-Aviv dans des prix plus abordables. Le moindre hôtel, pour ceux qui n’ont pas de famille ou ne veulent pas la déranger, est comparable au prix d’un quatre étoiles dans le centre de Paris. C’est assez triste car dans nos communautés nous nous efforçons de convaincre nos fideles de favoriser Israël plutôt que les destinations du Maghreb mais notre force de conviction s’oppose à la réalité économique.
Israël demeure pourtant l’une des plus belles destinations. La destination du cœur c’est entendu à défaut d’être celle de la raison. Ce petit pays est l’un des plus extraordinaires qui, lorsque l’on se donne la peine de le parcourir, offre à n’importe quel touriste une variété impressionnante de paysages, de populations et de cultures. De Haïfa à Eilat en passant par Tibériade, Tel-Aviv ou Jérusalem, aucune ville, aucune région n’est comparable à une autre. Contrairement à de nombreuses autres destinations le choix ne se porte pas entre l’attrait balnéaire et l’offre culturelle. Tout y est et tout s’y trouve. Les musées sont exceptionnels, les festivals foisonnent et de la Tel-Aviv festive à la Jérusalem spirituelle, chacun y trouve son compte mais à quel prix !
Comment pourrions-nous faire comprendre à Israël que nous rêvons de nous y rendre mais que pour beaucoup d’entre-nous ce rêve, en été, est plus utopique encore que la vision de Théodore Hertzel. Le sionisme moderne ce serait peut-être espérer que chaque Juif puisse un jour se rendre sur sa terre !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 27 JUIN 2010
« A quand la fin du deuil ? »
Bonjour,
Mardi aura lieu le jour de jeûne du 17 Tammouz qui commémore la prise des deux Temples de Jérusalem qui conduira à la destruction du premier Temple de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant l’ère chrétienne ainsi que le second Temple, détruit par les romains en 70 de l’ère chrétienne. Ainsi porterons-nous le deuil de l’un des évènements les plus tragiques de notre histoire vieux de 25 siècles ! A l’issu d’un office du Shabbath, une dame fidèle de ma communauté était venue m’interpeller de la façon suivante : "Monsieur le rabbin, jusqu’à quand serons-nous en deuil ?" J’ai tout d’abord cru à une forme d’ironie dans ses propos. Mais comprenant son insistance je lui ai répondu de la façon la plus traditionnelle qui soit : "Nous porterons le deuil de la destruction des deux Temples de Jérusalem jusqu’à l’avènement des temps messianiques. Alors le Temple sera reconstruit dans un esprit de paix entre tous les peuple et de reconnaissance du Dieu unique". Mais en quittant cette femme érudite, sœur de Rabbin, je me rendis compte que ma réponse n’était pas à la hauteur de sa question.
Si nous suivons l’enseignement de Kohélet, de l’Ecclésiaste, alors il y a un temps pour tout : un temps pour vivre et un temps pour mourir, un temps pour le deuil et un temps pour sortir du deuil. C’est en tous cas ainsi qu’un deuil personnel est vécu dans le judaïsme. Durant une année le deuil est divisé en trois parties : les Shiva, les Shloshim et la première année. Par la suite, chaque anniversaire est marqué comme un témoignage vivant de souvenir. Toutes ces étapes du deuil sont autant de moments qui doivent permettre à l’endeuillé de retourner vers la vie, de s’autoriser à vivre pour employer un langage plus psychologique. Alors pourquoi nous aujourd’hui, plus de cent générations après la destruction du second Temple devrions-nous, et de façon si stricte, porter le deuil ? Ne vous méprenez pas je n’essaye pas de réformer le principe du deuil du 17 Tammouz ou celui du 9 Av, mais je suis en train de dire qu’il y a une certaine légitimité à s’interroger. Le deuil ne permet pas de reconstruire notre existence. En pleurant la destruction du temple de Jérusalem, notre vision et notre pratique du judaïsme se trouvent chargées d’un esprit de tristesse qui semble s’opposer à la notion d’une "Torat Haïm" d’une Torah, d’une loi de vie et vivante.
Et pourtant, notre identité juive est bâtie sur ces destructions. C’est dans notre faculté à nous souvenir que nous pouvons vivre notre présent et construire l’avenir. Je lisais dans le « Nouvel Observateur » de cette semaine un dossier consacré à la mémoire. Un Professeur de neuropsychologie établissait que « la mémoire du passé sert avant tout à construire l’avenir ». Parfois la science et la religion s’accommodent bien l’un de l’autre !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 20 JUIN 2010
« L’amère guerre des merguez… »
Bonjour,
Les sujets brulants ne manquent pas en ce moment. La communauté internationale en générale, et le peuple Juif en particulier, a les yeux rivés sur Israël depuis l’affaire des « flottilles de Gaza ». Une grande manifestation de soutien à l’Etat d’Israël et pour la libération de Guilad Shalit en ce triste quatrième anniversaire de sa détention, sera organisée mardi à 19h30 sur le parvis des Droits de l’Homme à l’initiative du Crif. D’autres encore s’émeuvent des résultats catastrophiques de notre équipe nationale dans la coupe du Monde de football et des multiples épisodes à rebondissement au rythme des dérapages verbaux.
Mais il est une autre actualité qui secoue le microcosme communautaire et qui risque bien dans les jours à venir de prendre de l’ampleur. On l’appelle déjà « l’affaire des merguez » ! De quoi s’agit-il ? Le 25 mai dernier, lors d’une inspection de routine dans des abattoirs André Kasher en Normandie mieux connus sous le nom de Krief, un inspecteur du Consistoire de Paris fait une découverte singulière dans ce lieu qui fournit des tonnes de viande casher. Des aliments non-cashers, en l’état des boyaux d’agneau destinés à la fabrication de merguez, sont découverts dans l’unité de production. Conséquence immédiate la production est arrêtée et les consommateurs, fait très rare, avertis par un communiqué du Consistoire. Cette affaire pourrait presque faire sourire si elle était marginale, mais les langues se délient et l’on observe que les deux géants de la production de viande cachère en France, Krief et Emsalem sont avant tout des commerçants qui ont davantage le sens des affaires que celui de l’éthique. Mais la réalité c’est que l’on ne peut attendre d’un commerçant qu’il soit éthique et c’est bien le rôle du Beth Din du Consistoire d’y veiller.
Il semblerait que les chomerim, ceux qui ont en charge la surveillance de la cacherout, connaissent des formations et des compétences diverses. Une surveillance trop sévère bénéfice au consommateur soucieux du respect de la cacherout mais freine la fluidité du commerce dont les deux bénéficiaires sont les industriels et…le Consistoire. Pour le premier c’est la garantie d’atteindre un grand nombre de consommateurs, pour l’autre les recettes liées aux taxes générées par le label du Beth Din. Ni l’un ni l’autre n’a intérêt à ce que la machine se grippe. J’ai eu l’occasion de dire à de nombreuses reprises qu’il m’apparaissait dommage que le produit généré par la cacherout représente l’essentiel des revenus du Consistoire. Sans être manichéen, l’équation est simple, plus le Consistoire durcit sa ligne doctrinale, plus il encourage les fideles à manger casher et donc subvenir aux besoins de l’institution. Il n’y a rien de critiquable en cela si ce n’est que la cacherout est devenue une véritable obsession que l’on ne connaissait pas sous cette forme il y a encore une vingtaine d’années et qui s’érige en baromètre de la judéité.
Le Beth Din du Consistoire devrait être le garant éthique et religieux de la cacherout en se montrant intraitable face aux industriels. D’un autre coté, c’est là une utopie lorsque l’on considère que la personne en charge du chantier autour de la cacherout est également le trésorier du Consistoire. Quel intérêt aurait celui qui a le souci des finances de l’institution d’assainir cette situation ?
Le Consistoire le sait, des journalistes de la presse nationale s’intéressent au sujet et interrogent les responsables communautaires, j’en suis témoin, en parlant de « système mafieux » non pas du coté du Consistoire mais de celui des industriels. La mesure d’urgence qui devrait être prise par le Consistoire serait de repenser entièrement son équilibre budgétaire de sorte à ne plus être dépendant des taxes de la cacherout, alors le Beth Din pourra librement effectuer sa mission au service de la communauté. La confiance dans l’autorité religieuse n’a pas de prix.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 13 JUIN 2010
« Notre président… »
Bonjour,
C’est aujourd’hui que 180 grands électeurs vont être appelés, en représentant une soixante d’associations de la communauté juive, à élire le président du Crif. Le suspens est bien réel cette année et nul ne peut prédire qui de Richard Prasquier, président sortant, ou Meyer Habbib, son vice-président, dirigera durant les trois années à venir l’organe de représentation politique des Juifs de France. Il faut bien reconnaitre aux deux postulants leur militantisme communautaire et leur volonté de vouloir servir la communauté juive et en défendre les intérêts. La véritable question qui doit nourrir la réflexion des grands électeurs est la suivante : qu’attend t-on du président du Crif et qui incarnerait le mieux cette fonction ?
Richard Prasquier a pour lui un bilan à son image : consensuel. Ses détracteurs, et son opposant en premier, peuvent lui reprocher de ne pas être plus présent médiatiquement et pourtant ceux qui le connaissent et le voient quotidiennement en situation savent à quel point son action peut porter sans être sous les feux des projecteurs des télévisions. Richard Prasquier est aussi efficace que réservé. S’il n’avait choisi d’être un politique de la communauté juive, il aurait pu compter parmi les intellectuels dont la réflexion guide l’action. Richard Prasquier devrait logiquement bénéficier de la prime au sortant et ainsi exercer son dernier mandat statutaire.
Meyer Habib est moins connu dans la communauté sans pour autant être moins actif ou influent. Chacun sait son amitié profonde avec Netanyahou et il peut se flatter d’un carnet d’adresses particulièrement fourni. Chantre du soutien indéfectible à l’Etat d’Israël, Meyer Habib, entend peser de tout son poids pour rendre lisible en France la politique israélienne, mission particulièrement périlleuse ces derniers jours. Sa jeunesse et ses origines séfarades seraient une première pour l’Institution.
Cependant, comme beaucoup, j’ai suivi avec attention les trois occasions qui ont permis aux deux prétendants de s’affronter, devant le Crif, face à l’UEJF et dans les colonnes d’Actualité Juive. Les clivages sont réels ce qui en soit pourrait apparaitre inquiétant si l’on considère que s’opposent le numéro un et le numéro deux du Crif. On imagine aisément que ces trois dernières années n’ont pas été simples ! On veut croire qu’une fois les dés jetés, les deux hommes n’auront plus comme seule souci que de servir fraternellement la communauté juive. Je suis surpris également que depuis 1944 pas une femme n’ait dirigé le Crif ou même occupé des fonctions exécutives au sein de l’Institution. Pas un seul des deux candidats ne semble s’émouvoir de cet état de fait. Passons.
Il m’apparait assez clairement, prenant en considération le schéma actuel, que les grands électeurs seraient avisés de renouveler leur confiance au président sortant pour au moins deux raisons. La première est qu’il n’y a pas matière à sanctionner l’action de Richard Prasquier au point de vouloir le voir partir et la seconde réside précisément dans l’image extérieure que nous pourrions offrir d’une communauté divisée qui ne fait pas confiance à ses représentants. Dans ce cas de figure, Meyer Habib pourra toujours se consoler en se disant que son avenir communautaire est devant lui et que les trois années qui viendront l’aideront à être mieux connu de la communauté et à murir son action.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 30 MAI 2010
« L’Islam des caves à la rue… »
Bonjour,
Il ne fait pas bon être musulman en France de nos jours. On ne parle de l’Islam aujourd’hui que pour pointer une communauté qui porterait en elle les germes du terrorisme ou pour la stigmatiser à travers cette affaire du voile intégral, de la burqa. Souvenez-vous, il y a quelques années encore c’était l’Islam des caves qui était pointé du doigt. Cachés, dissimulés, les musulmans devaient sortir de leur terrier pour vivre leur religion au grand jour et être ainsi mieux contrôlés. Une fois dehors, sortis des caves et des parkings, les musulmans se voient reprocher leurs minarets trop ostentatoires. On peut les voir mais pas trop en quelque sorte. Quand l’Islam est visible il est ostentatoire, lorsqu’il disparait du champ de vision de la société, il complote.
C’est un fait, cette question de la burqa empoisonne la communauté musulmane. Une poignée de femmes porte ce voile intégral et la France tremble. Les piliers de la République seraient-ils à ce point fragiles qu’ils ne puissent supporter cette particularité vestimentaire ? Bien sur, je partage l’opinion selon laquelle la femme musulmane qui se dissimule dans ce vêtement ne le fait pas réellement de son fait et se soumet aux plus intégristes, à des hommes. Mais demain, si une loi devait passer et ne pas être invalidée par le Conseil Constitutionnel, combien de femmes, plus nombreuses encore qu’aujourd’hui épouseraient cette « mode vestimentaire » pour protester et défier la France ! Tout le paradoxe réside dans ce constat : les musulmanes, dans leur communauté, n’ont pas d’existence visible, elles n’occupent aucune fonction religieuse ou même laïque. Connaissez-vous un Recteur de mosquée qui soit une femme ? Non. En portant la burqa, bien que semblables à des fantômes, elles existent, on ne parle même que d’elles. Pour exister il faut se cacher ! C’est cela que la France ne devrait pas accepter et puisque la République est à l’origine de la création du CFCM, elle devrait peser de tout son poids pour que dans cette instance représentative, les femmes soient visibles et occupent de hautes fonctions.
En disant ceci, je suis conscient que la communauté juive n’est pas beaucoup plus exemplaire et qu’à l’exception d’un nombre non significatif de synagogues, aucune femme n’occupe le poste de président de communauté. Ne parlons pas de l’Eglise où le clergé qui gouverne toutes choses est uniquement masculin. D’une façon générale, les femmes dans les religions ne sont visibles et comptent réellement que lorsqu’elles se singularisent des hommes. Tant que dans l’Islam aucune autre voie ne sera proposée que la burqa pour exister, les seules femmes dont on parlera continueront de déambuler dans les rues dans leurs habits noirs.
Si la République marginalise les femmes musulmanes comme le fait déjà leur propre communauté, elles n’auront d’existence que dans les polémiques.
Je vous retrouverai le dimanche 13 juin, d’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.
BILLET DU 23 MAI 2010
« 150 ans d’Alliance… »
Bonjour,
L’Alliance Israélite Universelle fête cette année ses 150 ans. Cet anniversaire sera marqué en point d’orgue dimanche prochain au Palais des Congrès lors d’une grande rencontre intitulée « Générations Alliance ». Des spectacles seront présentés par des élèves des écoles de l’Alliance d’Israël, du Maroc et de France. Tous ceux qui ont fréquenté ou fréquentent aujourd’hui une école de l’Alliance sont invités à participer à cet événement majeur. Autant dire que la salle du Palais des Congrès devrait rapidement se montrer exiguë si chacun répond à cet appel !
Il est formidable de pouvoir observer la vivacité de l’une des plus belles institutions de la communauté juive. L’Alliance Israélite représente à la fois l’excellence en termes d’éducation juive et un modèle exceptionnel d’ouverture et d’acceptation de toutes les composantes de la communauté. Cette institution historiquement incarnée par Adolphe Crémieux, René Cassin et David Cazès n’a cessé durant 150 d’œuvrer pour instruire, éduquer et former de jeunes Juifs mais aussi des non-Juifs. Ainsi à la veille de la seconde guerre mondiale, l’AIU comptait une centaine d’écoles regroupant près de 50.000 élèves principalement dans le monde arabo-musulman. Il n’est pas peu dire que l’Alliance a fait beaucoup pour la francophonie et pour le rayonnement de la France à l’étranger. L’AIU a toujours été un partenaire privilégié pour les Nations dans lesquelles elle se trouvait implantée. Longtemps ses positions furent clairement opposés au sionisme pour devenir disons plus pragmatiques à partir de la création de l’Etat d’Israël. Mais l’AIU a toujours eu le souci de l’autre et en particulier des populations qui l’accueillaient. Il n’est qu’à entendre les souvenirs des anciens élèves dans les écoles d’Afrique du Nord qui parlent de cette époque comme d’une bénédiction de rapports pacifiés et fraternels entre Juifs et Musulmans.
Mais l’Alliance ce n’est pas que l’histoire, c’est aussi le présent. Un présent actif et fidele aux valeurs de ses pionniers. Tous ceux, qui à un moment donné, ont eu le bonheur de croiser le chemin de l’Alliance vous en parleront avec une certaine nostalgie et la fierté d’avoir compté à un moment ou à un autre dans ces écoles. Je ne peux m’empêcher d’évoquer ces trois années de la Seconde à la Terminale que j’ai passées dans les années 80 sur les bancs de l’ENIO à Paris. L’Ecole Normale de la rue Michel Ange était encore marquée par la direction d’Emmanuel Levinas. Ces trois années ont probablement largement contribué à dessiner les contours de mon engagement communautaire comme nombre de mes camarades. Il y a une forme de confrérie, à l’instar des EI, qui façonne un « esprit maison ». C’est avec émotion que nous voyons aujourd’hui des établissements comme ceux de Pavillons-sous-Bois ou Georges Leven à Paris poursuivre d’une belle manière cette œuvre. Les principes fondateurs de l’Alliance résonnent aujourd’hui encore : « Défendre l’honneur du nom israélite toutes les fois qu’il est attaqué ; encourager par tous les moyens l’exercice des professions laborieuses et utiles, travailler, par la puissance de la persuasion et par l’influence morale qu’il lui sera permis d’exercer, à l’émancipation de nos frères qui gémissent encore sous le poids d’une législation exceptionnelle ».
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 16 MAI 2010
« Avoir un don… »
Bonjour,
La fête de Shavouot qui commencera mardi soir est la dernière des « grandes fêtes » avant celles de Tishri dans…4 mois. Dans la nuit de mardi à mercredi, vos synagogues vous proposeront des « nuits d’étude » ou des « veillées »…c’est selon. Dans tous les cas, Shavouot sera la seule occasion donnée dans l’année de veiller dans une synagogue.
Ce qu’il y a de merveilleux dans cette fête, c’est l’ancrage que nous affirmons dans notre Livre de la Torah. En commémorant le don de la Torah, nous renouvelons la promesse faite jadis par Dieu à nos Peres. Un Peuple…un Livre. Le « Peuple élu » se caractérise par son acceptation d’un destin singulier à travers des paroles divines qui le guident aujourd’hui encore. Cette situation est singulière, disais-je, car elle lie un Peuple qu’il soit laïc ou religieux à des écrits millénaires.
Je rentre à l’instant d’Israël où je me suis plu à observer que de Jérusalem la ville Sainte à Tel-Aviv la profane, Shavouot a toute sa place. Dans tous les cas, ce jour de fête, car il n’y en a qu’un en Israël sera chômé. Quelle Torah sera célébrée ou plutôt quelle lecture ? Peu importe. L’important est de consolider ce lien indéfectible.
Il y a en français une expression qui est « avoir un don ». Celle-ci s’applique parfaitement au jour de Shavouot même s’il on ne peut lui donner sa même acception qu’en français. Le Peuple Juif a en effet un don. Il est le possesseur du don de la Torah, ce Peuple qui a été choisi parmi les nations pour être le dépositaire de la parole divine et celui qui la fait vivre. Etre Juif ce serait donc avoir un don particulier qui consiste à trouver sans cesse, dans un texte séculaire, une actualité. « La Torah parle la langue de l’homme » nous enseigne le Talmud. Notre langage, notre culture, nos références peuvent évoluer, la Torah elle demeure dans sa vérité comme une parole qui nous accompagne et nous guide. Le génie du judaïsme consiste à interroger sans relâche cette parole, à trouver une multitude d’explications et d’interprétations. Ce livre ne sera jamais clos, son interprétation jamais définitive. « Torat Haïm », une Torah de vie. Tel est ce livre qui nous maintient à travers les vicissitudes de la vie. C’est dire que cette élection divine, davantage qu’une distinction, est une immense responsabilité pour chacun d’entre-nous.
Hag Shavouot Saméah, Bonne fête de Shavouot, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 9 MAI 2010
« Israël…passionnément »
Bonjour,
Chacun a pu suivre ces derniers jours la bataille par pétitions interposées entre les partisans de « l’appel à la raison » et de « raison garder ». D’un coté le clan de ceux qui considèrent que l’on peut être Juif et émettre des réserves sur la politique israélienne, de l’autre ceux qui affichent un soutien inconditionnel envers la politique israélienne. Quelques milliers de voix viennent soutenir l’un ou l’autre de ces appels et au milieu de celles-ci des débats passionnés par facebook interposés ou presse nationale. Il y a ceux qui sont navrés que de telles dissensions puissent être ainsi exposées au-delà de la sphère communautaire et ceux qui en appellent à une certaine sagesse en invitant les uns et les autres à se parler.
Pour ma part, je considère que ce débat, lorsqu’il reste un débat, est sain et que rien ne serait plus dérangeant qu’une communauté univoque qui se dresserait comme un seul homme dans une seule direction. Passons sur les jurons de « traitre » ou de « fasciste » pour observer que le dénominateur commun entre les signataires des deux pétitions réside dans le fait d’être Juifs de diaspora et de se soucier de l’avenir de l’Etat d’Israël. Dans les deux cas, l’existence même du Foyer Juif est rappelée avec le souhait que celui-ci puisse se maintenir et vivre dans la paix et la sécurité. Ca fait déjà de précieux points en commun ! Le débat porterait donc sur l’ingérence ou la non-ingérence dans les affaires politiques israéliennes. Il faudrait concevoir que le Gouvernement israélien, qu’il soit de droite ou de gauche et donc avec une politique sensiblement différente, devrait échapper à toute forme de critique ou d’appréciation. On ne peut pas d’un coté dire qu’un Juif de diaspora n’a pas à se mêler de politique israélienne puisqu’il ne partage pas un destin quotidien et d’un autre coté apporter un quitus qui est en soi une ingérence dans la politique israélienne. Au fond il nous faudrait être des Juifs soucieux d’Israël, supportant dans tous les sens du terme ce pays, sans pour autant émettre le moindre avis, positif ou négatif.
Il est assez singulier d’observer le lien passionnel qui existe entre un Juif français et l’Etat d’Israël. Le lien qui s’opère est comme dans toute relation passionnelle dépourvu de raison. Un début de critique de la politique israélienne et cela place celui qui l’émet au rang des pourfendeurs de l’Etat Hébreu aux cotés d’un Dieudonné par exemple. Un soutien inconditionnel fait de son supporter un « bon Juif ». Et pourtant notre vieille tradition, talmudique en particulier, nous invite à la disputation selon le beau terme consacré et à interroger sans relâche. Regardez les Maitres du Talmud qui sur des sujets, en apparence insignifiants ou mineurs, s’affrontent pour faire triompher non une vérité mais plutôt l’intelligence humaine. En stigmatisant un camp ou un autre, nous défions cet héritage. Puisque les deux parties en appellent à la raison, aidons-les à être raisonnables.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 18 AVRIL 2010
« Faire du ciel le plus bel endroit de la terre… »
Bonjour,
Peut-être vous souvenez-vous du slogan de la compagnie Air France qui entend « faire du ciel le plus bel endroit de la terre ». Ce slogan publicitaire je ne l’ai compris que ces derniers jours à la faveur de l’éruption volcanique en Islande et de ses nuages aussi épais qu’invisibles qui clouent au sol tous les avions en Europe du Nord. Cela fait donc 48 heures à présent qu’aucun avion ne s’est fait entendre dans nos cieux. La pagaille est à la hauteur de cet événement unique dans l’histoire moderne de l’aviation. Rendez-vous compte, la terre gronde et les cieux se taisent. Il y a dans ce bouleversement naturel quelque chose qui ressemble beaucoup aux paroles des Psaumes bibliques sur l’interaction entre le céleste et le terrestre qui doivent se répondre l’un à l’autre.
Les entrailles de la terre s’expriment avec force, cela a toujours été, mais les conséquences sont d’un nouvel ordre. On pensait jusque-là que seule l’action de l’homme pouvait contrarier une machine aussi performante que l’aéronautique. On a appris à jongler avec les grèves, les mouvements sociaux, les actes terroristes ou même une tempête de neige. Mais cela ne dure jamais bien longtemps et ne fait que retarder un vol de quelques heures, une journée au plus. Pourtant la nature demeure dans sa force et je dirais presque sa majesté.
Cette situation aura des conséquences difficilement quantifiables. Economiques bien entendu mais surtout humaines. Combien de personnes ne peuvent se rendre à un événement important, parfois capital dans leur vie ! Voyez-vous, même la halakhah, la Loi Juive, s’invite dans ces péripéties. J’imagine le nombre de Juifs observants bloqués à la veille du Shabbath dans un aéroport.
Un cas pratique s’est présenté devant moi jeudi dernier alors que les derniers avions atterrissaient en France. Une famille qui venait de perdre un proche parent pensait pouvoir inhumer le lendemain avant Shabbath le défunt au cimetière. La question me fut posée, sachant qu’un enfant se trouvait en Israël et ne pourrait pas être à Paris le vendredi, de savoir s’il fallait procéder à l’inhumation en l’absence de l’un des enfants mais accomplir le précepte selon lequel nous enterrons nos morts au plus vite, ou bien remettre au début de semaine d’après l’inhumation sans pour autant avoir la garantie que cet enfant pourrait venir en France. Dans cette situation exceptionnelle, la solution la plus adaptée m’a semblé résider dans l’attente de l’enfant pour que celui-ci puisse prononcer le Kaddish au moment de l’inhumation. Et pourtant cette décision ne s’inscrit pas dans le cadre strict de la Loi. A ma connaissance le seul précédent qui nous soit connu remonte à l’été caniculaire 2003 où les corps attendaient jusqu’à deux semaines avant d’être inhumés. Certes les circonstances ne sont pas les mêmes mais dans les deux cas, la nature nous contraint à faire les choses autrement. Terrible paradoxe qui consiste à attendre que la terre finisse de gronder pour qu’un corps y retourne !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 11 AVRIL 2010
« En sanctifiant le nom de Dieu… »
Bonjour,
C’est aujourd’hui le Yom Hashoah, ce jour fixé par l’Etat d’Israël lors d’une session à la Knesset le 12 avril 1951, pour commémorer la mémoire des six millions de nos frères et sœurs, hommes, femmes, nourrissons, enfants et vieillards exterminés parce qu’ils étaient juifs. La date retenue fut le 27 sivan qui est ce temps intermédiaire entre le début de Pessah, qui fut aussi le premier jour de la révolte du ghetto de Varsovie, et Yom Ha’atsmaouth, l’anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël.
C’est en 1991, soit 40 ans après la décision de la Knesset, que le rabbin Daniel Farhi, mon père, eut l’idée, avec son ami Serge Klarsfeld de ritualiser cette journée de commémoration en lui donnant une dimension dans laquelle tous les juifs, religieux ou non, pourraient ensemble se retrouver. Ainsi, les 10 et 11 avril 1991, commença ce qui deviendra la traditionnelle lecture ininterrompue des noms des 77000 juifs déportés de France durant 24 heures. Chaque année, la foule venait se presser et les personnalités de tous bords se sentaient un devoir d’être présentes, Place des Martyrs juifs du Vélodrome d’Hiver, dans le XVème arrondissement de Paris. Les riverains, après de nombreuses plaintes déposées pour « tapage nocturne » s’habituaient à cette lecture qui venait percer la quiétude de la nuit alors que le dernier métro aérien devait se taire jusqu’à l’arrivée du suivant au petit matin.
De très nombreuses manifestations auront lieu dans la France entière aujourd’hui et demain. La lecture des noms au Mémorial, des offices religieux, des cours spécifiques, des projections de films, des témoignages de survivants… Et à chaque fois que nous prierons nous rappellerons que nos 6 millions de frères et sœurs sont morts « al kiddoush hashem », en sanctifiant le nom de Dieu, en d’autres termes en martyrs de notre religion. Cette notion de « Kiddoush hashem » est compliquée. Compliquée car elle évoque une connotation forcement religieuse alors que la question la plus souvent répétée par les survivants eux-mêmes est de savoir, de comprendre « Où était Dieu pendant la Shoah ». Cette question apparait comme la plus difficile. Si elle doit être posée, le simple fait de vouloir commencer à y répondre nous amène à nous perdre. Aucune réponse ne pourra jamais être apportée parce que l’intelligence de l’homme se heurte alors à l’indicible. Ce n’est pas une question théologique ou philosophique, c’est une question légitime du croyant qui interroge ou de l’agnostique qui ne trouve pas de raison de ne plus l’être. Le jour où l’on cessera de se poser cette question, la mémoire sera vidée de tout sens.
« Avec Dieu ou contre Dieu, mais jamais sans Dieu » disait Elie Wiesel. Là réside le risque de vouloir donner un sens à la Shoah : celui d’être « sans Dieu » simplement parce qu’il est inacceptable pour toute conscience d’imaginer qu’Il puisse apparaitre d’une façon ou d’une autre dans les années les plus ténébreuses de l’histoire humaine.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 4 AVRIL 2010
« Le Vatican perd t-il la tête ? »
Bonjour,
Alors que les Chrétiens célèbrent les fêtes de Pâques, le Vatican se trouve au cœur d’une tourmente qui semble ne pas vouloir épargner Benoît XVI. Apres la question difficile de la béatification de Pie XII, ce sont les nombreuses révélations autour d’actes pédophiles de prêtres qui déstabilisent le Vatican. Non pas par l’ampleur de ces actes qui en soit justifieraient l’émotion de l’opinion mondiale, mais plutôt la façon dont l’Eglise couvre ces actes qui impliquent directement le Pape. C’en est trop pour certains qui préfèrent la contre-attaque au repentir.
Tel fut le cas ce vendredi lorsque le prédicateur de la maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa, s’est insurgé contre les critiques qui ébranlent le Saint Siège. Selon lui, les accusations rappellent "les aspects les plus honteux de l'antisémitisme". Pour être précis, le prédicateur affirme avoir reçu ces paroles d’un « ami juif » sans que l’on en sache davantage sur l’identité de ce mystérieux ami juif qui oserait donc assimiler la tourmente actuelle qui trouve une certaine légitimité aux « aspects les plus honteux de l’antisémitisme ».
Pour mieux comprendre le malaise suscité par les propos rapportés par le père Cantalamessa, il faut comprendre que de nombreuses rumeurs tendent à faire croire qu’un puissant « lobby juif » se cache derrière toutes ces accusations. Ce serait donc la réponse du berger à la bergère. Tout cela est profondément nauséabond et plus choquant encore venant du Saint Siège qui devrait afficher un comportement exemplaire. Le prédicateur de la maison pontificale avait t-il simplement conscience en prononçant une telle phrase que, dans l’histoire, l’Eglise fut bien malheureusement souvent associée aux « aspects les plus honteux de l’antisémitisme » ?
En replaçant dans son contexte ce sermon prononcé dans la basilique Saint-Pierre, les propos sont encore plus éloquents : "L'utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et de la faute personnelles à la faute collective me rappellent les aspects les plus honteux de l'antisémitisme". Jusqu’à peu, et encore pour de nombreux Catholiques traditionnalistes, le peuple Juif portait la responsabilité collective de la crucifixion du Christ. Le « Peuple déicide » est donc aujourd’hui invoqué pour illustrer le calvaire qui serait celui du pape ! C’est un comble el communauté juive a raison de s’en émouvoir. Même le très modéré Grand Rabbin de Rome considère ces propos comme « une faute de gout » et « une comparaison inappropriée ». De Berlin à New York, ces propos sont qualifiés par les représentants de la Communauté comme insultants à la fois pour les victimes d’actes sexuels pédophiles et pour les victimes de la Shoa.
L’Eglise doit reconnaitre sa responsabilité, ou à la rigueur pour s’inscrire dans une vieille tradition qui consiste à faire silence, plutôt que par des propos malvenus créer un contre-feu qui nuit à son image et à sa respectabilité.
A nos amis chrétiens je souhaite de bonnes fêtes de Pâques au moment où cette fête rejoint la nôtre.
Moadim lessimha, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 28 MARS 2010
« Pessah : Une fête pétrie de symboles… »
Bonjour,
Nous sommes déjà entrés dans la fête de Pessah ! J’ai conscience, à travers une telle affirmation, de perturber les fideles auditeurs tôt un dimanche matin, mais cela est une réalité : le temps de la fête a déjà commencé.
Assurément, c’est demain soir que nous entrerons dans le premier jour de Pessah, mais comment ne pas considérer cette journée durant laquelle nous devrons avoir achevé la recherche et finalement la destruction du hametz comme partie intégrante de l’ensemble des 7 jours de Pessah. Les heures sont comptées en cette longue journée pour se débarrasser de toutes choses levées et préparer les deux sédarim.
Il y a quelque chose de remarquable dans cette frénésie et cette obsession à chercher le hametz pour le faire disparaitre. La Torah prévoit que quiconque en possédera ou en consommera durant la fête sera retranché du peuple Juif. Autant dire la sanction, avant la mort, la plus sévère. On pourrait considérer que les règles relatives à Pessah devraient s’inscrire dans la même logique que la cacherout que j’appellerai ordinaire, celle qui prévaut durant toute l’année. Le retranchement de la communauté n’est pas prévu pour un Juif qui ne mangerait pas casher. Mais là, les choses sont différentes dans la mesure où, le hametz se trouve investi d’une symbolique particulière. Le Zohar, et la mystique juive en général, voient dans le hametz l’expression de nos mauvais penchants. Se débarrasser du hametz ne se limite pas à des aliments de consommation mais vient interroger nos pensées les plus intimes et nos comportements. Le Zohar remarque que la farine mélangée avec de l’eau va, dans le temps, connaître un processus de fermentation quoi que l’on fasse. La matssa n’est rien d’autre que ce mélange que l’on ne laisse pas fermenter et donc lever. Pour les Maîtres de la mystique juive cela signifie que le Juif pieux qui s’empresse d’accomplir les Mitsvot, les préceptes, ne laisse pas de place dans sa vie au mauvais penchant qui ne trouve aucun espace pour fermenter, pour lever.
Ce « grand ménage de printemps » pour la fête qui est aussi appelée « fête du printemps » est loin d’être superflu. Nous nous trouvons dans la période intermédiaire entre le précédent et le prochain Kippour. Autant dire que ce travail de repentir est tout à fait nécessaire. Le soin que nous mettons à nous débarrasser du hametz et à vivre intensément ces 7 jours ne doivent pas nous détourner de la portée symbolique de ce temps. Nous nous devons de ressortir meilleur de cette fête. C’est là tout le sens des vœux que nous nous échangeons en souhaitant que ce Pessah soit « casher vesaméah ». Il ne pourra être porteur de joies que si nous nous employons à le rendre casher, c'est-à-dire aussi à travailler sur nous-mêmes.
Pessah casher vesaméah, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 21 MARS 2010
« Hommages et dommages… »
Bonjour,
Simone Veil est donc devenue immortelle en entrant à l’Académie Française. Le siège de Racine, quai de Conti, est désormais occupé par la personnalité féminine préférée des français. Ce sont donc des hommages unanimes qui lui ont été rendus à commencer par le vibrant discours de Jean d’Ormesson. Même le Président de la République qui avait un temps annoncé ne pas s’y rendre a fait le déplacement. Des hommages donc qui saluent le parcours de la survivante de la Shoah engagée en politique, bâtisseuse de l’Europe et ayant dépénalisé l’IVG après de nombreuses luttes avec sa propre famille politique. En entrant à 82 ans à l’Académie Française, la République salue une vie exceptionnelle.
Une seule voix discordante s’est faite entendre du polémiste et pamphlétaire le plus en vue : Eric Zemmour. Selon l’icône du petit écran, Simone Veil n’a « aucun talent littéraire », ce qui en soit n’est pas grave puisque avant elle, un homme comme le Maréchal Pétain avait également était immortalisé ! Les propos sont choquants certes pour autant ils ne sont pas surprenants. Sincèrement, lorsque l’on écoute Zemmour on attend ces dérapages excessivement contrôlés. N’est ce pas le rôle d’un pamphlétaire ? Eric Zemmour fait l’objet de poursuites judiciaires pour ses propos tenus il y a deux semaines à la télévision, selon lui : « les Français issus de l'immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait. ». Voyez-vous, sans partager ses propos, je ne suis pas choqué. L’homme est cohérent et constant. Selon lui les Noirs et les Blancs appartiennent à deux races différentes, l’une n’étant pas supérieure à l’autre. Il s’impose en apôtre d’un « racisme positif » déclarant la différence des races humaines qui se côtoient dans une même communauté. C’est excessivement tendancieux et cela me rappelle la fameuse réplique de Coluche lorsqu’on lui demandait si l’on pouvait rire de tout : « Ca dépend avec qui » répondait l’humoriste. Peut-on exprimer des propos racistes ? Je serais tenté de répondre : ca dépend de l’auteur. Je ne pense pas que Zemmour soit raciste dans l’acception commune. Le « Bonapartiste » qu’il est comme il se plait à se définir, l’ultraconservateur est avant tout un provocateur, et c’est bien pour cela qu’il est invité sur les plateaux de télévision, sur les ondes des radios nationales ou dans « Le Figaro ». On pourrait opposer à cela qu’il est un raciste talentueux et qu’il a conscience des limites à ne pas franchir.
Mais cette fois-ci, les limites acceptables ont été franchies. Le chroniqueur aurait pu faire profil bas – ce n’est pas dans ses habitudes- en présentant un semblant de regrets pour ne pas dire d’excuses. L’erreur est humaine et c’est la persévérance qui est diabolique. En affirmant que Simone Veil ne devait sa place quai de Conti que par le fait qu’elle est survécue à la Shoah et que la France essaye de se racheter une conscience, Zemmour exprime des thèses nauséabondes. C’est affligeant et c’est triste pour ceux qui, pourtant, l’aimaient bien.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 14 MARS 2010
« Ferrat : Un homme debout… »
Bonjour,
Jean Ferrat est mort hier à l’âge de 79 ans. Jean Tenenbaum, né d’un père Juif et d’une mère qui ne l’était pas, aura vu à 11 ans son père partir, sans retour, vers les camps de la mort. Il devra sa vie à des militants communistes qui le cacheront durant la Shoah. Il sera resté fidèle jusqu’au dernier jour à cet idéal allant jusqu’à soutenir une liste régionale en Ardèche dans le scrutin qui se déroule aujourd’hui.
Il faisait partie de ces monstres sacrés tels Brassens, Brel ou Ferré. On peut raisonnablement dire qu’une page de la chanson française se tourne laissant dans nos souvenirs ces chanteurs engagés et à textes. Jean Ferrat aura su chanter Aragon d’une façon unique et, on l’apprend aujourd’hui, il était l’un des dix chanteurs en France dont les disques se vendaient le mieux.
Mais Ferrat aura été avant tout celui, le seul, qui a osé chanter la Shoah. En écrivant les paroles et la musique de « Nuit et brouillard », il s’est inscrit dans ce travail de Mémoire au même le titre que Primo Levi, Elie Wiesel, Serge Klarsfeld ou Simone Veil.
« D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel, Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ». Jean Ferrat refusera toute sa vie d’être un homme à genoux. Ses combats et ses luttes se sont faits debout, la tête haute et souvent le poing dressé. Quand en 1963 il écrit cette chanson, c’est l’époque du yéyé et du twist. On ne chante pas la Shoah dans les émissions de variétés, chez les Maritie et Gilbert Carpentier. Et pourtant, « Nuit et brouillard » sera ce qu’il est convenu d’appeler un « tube » et il chantera cette chanson à la télévision aux heures de grande écoute. Etait-ce la mélodie, les paroles ou les deux ? Ferrat avait conscience de ne pas se plier aux exigences musicales du moment et il le chantera : « On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours, Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour, Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare ».
Témoigner, dire, écrire, peindre ou chanter la Shoah mais transmettre. Jean Ferrat partira certainement sans une prière, comme son père, mais demeurera dans le cœur des Hommes un artiste talentueux dont la voix grave et enveloppante sortant de cette bouche coiffée d’une moustache résonnera à jamais dans notre mémoire.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 7 MARS 2010
« Quelle légitimité pour le Judaïsme libéral ? »
Bonjour,
Alors que se tient actuellement à Paris le Congres européen du Judaïsme libéral, la question se pose de savoir de quelle façon ce courant du Judaïsme religieux est légitime, tant son expression en France demeure relativement confidentielle comparativement à de nombreux autres pays.
Cela fait un peu plus d’un siècle que le Judaïsme libéral s’est implanté en France restant confiné jusque dans les années 80 à la seule synagogue de la rue Copernic. Paris compte aujourd’hui 6 communautés libérales et à peu près autant en banlieue et en Province. Le phénomène n’est plus marginal pour que la seule définition « d’hérésie » donnée par les orthodoxes puisse être retenue. Le Judaïsme libéral n’est ni une secte, ni une déviance ou encore un schisme du Judaïsme religieux traditionnel. Les expressions religieuses sont multiples : libérales, massorti, traditionalistes, orthodoxes, loubavitches… Toutes ces expressions ont en commun la religiosité par la croyance et la pratique. La croyance est immuable, la pratique elle fluctue…
Le Judaïsme considère que la Halakhah, la Loi, répond à un processus évolutif. Celle-ci peut être adaptée à la modernité et aux questions soulevées qui n’existaient pas à l’époque biblique ou talmudique. Les hommes et les femmes ont un statut égal face à la Loi. La prière doit être récitée et lue de façon intelligible quitte à utiliser la langue vernaculaire, le français en l’état. Les enfants de couples mixtes sont accueillis avec bienveillance et éduqués dans les Talmudé-Torah ayant accès à la Bar ou Bath Mitsvah.
Cela peut heurter, choquer ou interroger mais c’est dans cette pratique que de nombreux Juifs se retrouvent. Si ce courant est ultra-majoritaire aux Etats-Unis, il n’en est pas moins solidement implanté en Angleterre mais aussi en Israël avec une quarantaine de synagogues à travers le pays. C’est un fait : un Juif religieux sur deux dans le monde appartient à une communauté libérale !
Pour les orthodoxes les plus cléments, le Judaïsme libéral représente un « tremplin » vers le Judaïsme orthodoxe. Pour les autres, c’est donc une hérésie ou un non-sens. On feint d’ignorer ce courant tout en louant son travail en termes d’éducation, de Mémoire ou de soutien à l’Etat d’Israël.
Reste le problème de fond qui est la démographie du Peuple Juif, nous en avions déjà parlé à la faveur d’un article alarmant de Jacques Attali pour lequel le Peuple Juif est en voie d’extinction s’il n’apporte pas de réponse à la question des mariages mixtes. Le Judaïsme libéral n’encourage pas les mariages mixtes mais accueil les couples mixtes et leur famille. Je serai prêt à parier que si le Consistoire en France adoptait une démarche semblable, le Judaïsme libéral serait moins « attractif » qu’il ne peut l’être. Le sentiment pour un Juif qui a épousé une personne non-juive de devoir sans cesse s’excuser ou se justifier est en profond décalage avec la réalité. Il nous faudrait au contraire pleinement intégrer que la vie en diaspora, où nous représentons moins de 1% de la population nationale, ne peut que conduire aux mariages exogames. C’est ainsi et il est dommage que seul le Judaïsme libéral apparaisse comme la réponse religieuse pour ces personnes.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 14 FEVRIER 2010
« Dos au mur… »
Bonjour,
La semaine passée, le vice-premier ministre israélien Dan Meridor, a fait une déclaration assez inattendue dans le débat compliqué sur le statut religieux du Kotel, du Mur occidental, à Jérusalem. Selon Dan Meridor : « le Kotel doit être un site national et non une synagogue ». En quoi cette déclaration est-elle importante ? Depuis plusieurs années des groupes de Juifs religieux non-orthodoxes ont saisi la Cour Suprême israélienne pour que soit reconnu le droit de tous les Juifs qui le souhaitent de prier de façon égalitaire au Kotel. Il n’est pas question d’abolir la mehitsah, la séparation entre les hommes et les femmes, mais qu’un espace mixte existe sur l’esplanade actuelle afin que les hommes et les femmes puissent prier ensemble ou plus encore que des femmes puissent se rendre sur ce site le plus emblématique du judaïsme religieux, revêtues du talith et de la kippa si elles le souhaitent et lisant dans la Torah et notamment lors du Rosh Hodesh, de la néoménie.
La question n’est pas simple et l’intervention du vice-premier ministre semble donner un signal encourageant à ce collectif rassemblant des femmes orthodoxes, conservatrices et libérales : « les Femmes du mur ». Dire que le Kotel est un « site national et non une synagogue » revient à affirmer que ce lieu n’a pas à être gouverné selon les règles des Rabbins mais selon celles de l’Etat d’Israël. C’est une première brèche, si ce n’est dans le mur, dans les principes qui en régissaient la gouvernance au lendemain de la guerre des six jours et jusqu’à aujourd’hui.
De fait les règles actuelles sont orthodoxes et chaque visiteur au Kotel doit s’y conformer. Les hommes et les femmes ont un espace séparé et délimité. 20% de l’espace est réservé aux femmes. Dans cette espace un Sefer Torah n’a pas sa place, pas plus qu’un talith. Les femmes doivent être vêtues décemment ce qui signifie souvent pour les touristes en plein été une métamorphose totale pour approcher au plus près les vestiges du Temple de Jérusalem. Du coté des hommes les tètes doivent être couvertes et avouons-le, l’exigence de « décence » n’est pas aussi scrupuleux que de l’autre coté !
A qui appartient donc le Kotel ? Est-ce l’héritage de l’ensemble du peuple Juif qui y voit un emblème national, parfois même politique, davantage que religieux ? Sont-ce les Rabbins orthodoxes qui doivent être les « gardiens du Temple » ? La vocation première du Kotel est-elle d’être le point de convergence du Judaïsme religieux ? C’est probablement un peu de tout cela à la fois. La vérité c’est que le Kotel représente pour chaque Juif un lieu central. Chacun s’y rend avec ses raisons : pour y prier, pour y pleurer, pour se réjouir, pour y déposer un vœu, pour y faire un don, pour prêter serment à l’issue du service militaire, pour y célébrer un événement familial…Ce n’est pas de la démagogie que d’affirmer que ce lieu appartient à tous. En revanche il y faut des règles pour que tous puissent y cohabiter et s’y rendre avec ses raisons. On ne peut pas raisonnablement exiger l’unité de Jérusalem si à l’intérieur de ses murailles on se divise !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 7 FEVRIER 2010
« Le piège de l’audimat… »
Bonjour,
Jeudi dernier, Patrick Klugman était invité à l’enregistrement d’une émission télévisée sur France 2 pour parler de son dernier livre : « Le livre noir de la garde à vue ». On connait mieux Patrick Klugman dans la Communauté juive à travers ses fonctions actuelles dans les plus hautes instances du Crif, on se souvient du Président qu’il fut de l’UEJF, de son mandat actuel comme Vice-président de SOS racisme ou Conseiller de Paris. Il n’en est pas moins avocat, et offre à ses lecteurs un « parfait manuel de savoir vivre en commissariat » lorsque l’on se retrouve en garde à vue. C’est à ce titre, et apparemment uniquement celui-ci, que Patrick Klugman pensait se rendre sur le plateau de Franz-Olivier Giesbert. On ne refuse pas raisonnablement de faire la promotion de son livre lorsque l’on y est invité par le service public.
Et pourtant il aura fallu peu de temps à Patrick Klugman pour prendre conscience que ce n’était pas tant l’auteur que l’on avait invité plutôt que le « Juif de service » qui ferait office de contrepoids aux propos déchainés de Marc-Edouard Nabe. Ce dernier est un pamphlétiste notoirement antisémite et antisioniste. On lui doit cette phrase : « La Licra, vous savez ce que c'est ? Ce sont des gens qui se servent du monceau de cadavres d'Auschwitz comme du fumier pour faire fructifier leur fortune ». Ca pose le personnage. Il est l’incarnation de ce « nouvel antisémitisme » qui se drape dans la bannière de l’antisionisme pour exprimer des thèses antisémites.
Patrick Klugman a fait preuve de beaucoup de sang-froid en apportant des réponses éclairées et posées. Il n’aura eu comme seul tort de commenter les dérapages verbaux de Georges Frêche parce qu’on le lui demandait. Pour Marc-Edouard Nabe, Georges Frêche et Nicolas Sarkozy sont liés par une union sacrée qui s’appelle le sionisme. Il n’en fallait pas plus pour que le pamphlétiste poursuive dans un délire dont les animateurs sont particulièrement friands. C’est peut être le piège de la scène médiatique qui impose dans une course frénétique à l’audimat du spectacle. Lorsqu’il n’y en a pas, il est créé, à chacun alors de jouer sa partition.
Patrick Klugman a juré que l’on ne l’y reprendrait plus. Je pense au contraire que sa présence était salutaire afin de ne pas laisser d’autres dans cette situation délicate. Nabe aurait de toute façon profité de cette tribune pour cracher son venin. Il vaut mieux un contradicteur vacciné dans ce cas !
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 23 JANVIER 2010
« L’homme est un arbre des champs… »
Bonjour,
« Car l’homme est un arbre des champs » nous enseigne la Torah. A l’approche de la fête de Tou Bishevat, qui coïncidera avec le Shabbath, ce verset prend toute sa dimension. L’homme est intégré à la nature et ses racines sont dans le sol. Penser que nous dominons la nature ou que nous lui sommes supérieurs est une hérésie. Nous ne sommes que, et c’est déjà beaucoup, des créatures parmi les autres. Cela signifie que nous sommes apparus sur terre et que nous en disparaitrons un jour, comme toutes les espèces. Cela signifie aussi, d’une façon plus positive, que notre destin est lié aux autres éléments qui composent la faune et la flore. Est-ce pour autant plus positif ? Rien n’est moins sur tant la question de l’écologie devient une priorité majeure en nous alarmant sur la perspective à court et moyen terme de l’activité humaine sur l’équilibre de la planète.
Le drame haïtien a montré avec désolation de quelle façon l’homme est fragile lorsque les forces de la nature se déchainement. Un tremblement de terre, un Tsunami, une éruption volcanique peuvent avoir raison de la vie de centaines de milliers d’individus sans que nous n’y puissions rien y faire. Notre vocabulaire s’est enrichi ces dernières années de mots qui nous étaient inconnus comme l’empreinte carbone, l’évaluation de CO2 que nous émettons à travers nos activités. Ce qu’il y a de plus remarquable probablement c’est la prise de conscience unanime que nous avons une responsabilité sur les générations à venir. Plus encore, c’est la réalisation que notre destin se joue solidairement de toute l’humanité. On a pu penser un temps que la pollution en Asie ne regardait que les Asiatiques, que la destruction massive de la foret amazonienne restait quelque chose d’exotique pour nous en Europe. Nous savons aujourd’hui que cet « effet papillon » est bien réel et que ce qui se passe à 10.000 kilomètres de chez nous est aussi important que dans notre ville.
Pour toutes ces raisons, Tou Bishevat ne peut demeurer une fête exclusivement juive qui serait la célébration du renouveau de la nature en Israël avec la montée en sève de nombreux arbres. C’est dans sa capacité à être au premier plan de la préoccupation écologique, que le peuple Juif réalise sa vocation prophétique d’être « une lumière pour les nations ». Le KKL montre la direction qui doit être la notre en n’ayant comme seule préoccupation la nature sans distinction de peuples ou de religions. En plantant des arbres, en veillant à ce que l’eau soit un bien partagé et durable, le KKL est un emblème écologique. La question va bien au-delà de planter des arbres, des bosquets ou des forets, c’est une question de vie humaine. Si « l’homme est un arbre des champs », l’humanité est une forêt.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 17 JANVIER 2010
« Ou était Dieu ? »
Bonjour,
Peut-on raisonnablement être Juif et croyant et ne pas se demander après le désastre haïtien où était Dieu ? Le fait même de se poser cette question peut apparaitre pour certains blasphématoire. Mais ne pas se poser cette question, c’est renoncer à interroger notre foi. Cinq ans après le Tsunami qui avait causé la perte de 150.000 vies humaines en Asie du Sud, la « nature » se déchaîne avec violence engloutissant certainement autant d’hommes, de femmes et d’enfants que sur les rives de l’Océan indien.
Pouvons-nous faire quoi que ce soit face à un tel désastre ? La réponse réside dans notre générosité envers les organismes et institutions qui sollicitent notre aide. Le Crif a appelé les Juifs de France à rejoindre cet élan de solidarité. Il faut se féliciter de l’envoi par Israël, dans les heures qui ont suivies cette catastrophe, de 350 hommes. La petite communauté Habad locale s’est rendue immédiatement auprès des victimes. Etre Juif c’est joindre la prière à l’action. Notre action réside donc dans la générosité mais également dans notre capacité à interpeller nos dirigeants en France pour qu’ils facilitent la délivrance de visas vers la France des malheureux haïtiens qui voudraient rejoindre leur famille. La prière, elle, nous est suggérée par le Grand-Rabbin d’Angleterre, Jonathan Sacks, qui avait rédigé lors du Tsunami une « prière à la suite d’une catastrophe naturelle » qu’il a dû malheureusement adapter aux circonstances actuelles :
Adon ha-olamim, Maître de l’Univers,
Nous joignons nos prières à celles des autres à travers le monde, pour les victimes du tremblement de terre, cette semaine, qui a conduit au désastre et à la destruction de nombreuses vies.
Dieu Tout-Puissant, nous Te prions. Apporte la guérison à ceux qui souffrent, réconforte les endeuillés et ceux qui attendent des nouvelles de leurs proches. Puisses-tu apporter Ta force à ceux qui luttent pour soigner les blessés et qui viennent au secours de ceux qui n’ont plus de toit, ainsi qu’à ceux qui apportent de la nourriture et de l’eau à ceux qui en ont besoin. Puisses-Tu bénir l’œuvre de leurs mains et puissent leurs mérites sauver des vies.
Dieu Tout-Puissant, nous reconnaissons à quel point nous sommes humbles et dénués de forces lorsque la nature se déchaine. Ouvre donc nos cœurs à la prière et nos mains à la générosité, afin que nos paroles apportent du réconfort et nos dons de l’aide. Sois avec nous à présent et avec toute l’humanité alors que nous nous efforçons de soulager les blessures et de reconstruire ce qui a été détruit.
Ken yehi ratson venomar amen. Que telle soit Ta volonté et disons: Amen.
Espérons être en mesure d’entendre ces mots en nous comportant de façon responsable face à cette injustice. Dans ces heures douloureuses, seule la prière est de nature à nous permettre de nous tourner vers Dieu afin que nos interrogations ne nous détournent pas de Lui.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 3 JANVIER 2009
« Fixation névrotique… »
Bonjour,
On n’en fini plus de parler de cette dernière étape en béatification de Pie XII par l’actuel occupant du Vatican. Benoit XVI, qui en reconnaissant les « vertus héroïques » de son encombrant prédécesseur se met à dos bien des esprits éclairés, à commencer par des catholiques, qui ne comprennent pas cette nécessité de rendre saint un homme qui a participé, par son silence, à l’œuvre du régime nazi. Pourquoi faudrait-il que seules des voix juives s’élèvent contre cette provocation ? En France, le Crif, le Consistoire et le grand rabbinat ont dénoncé cette intention. Une seule voix discordante s’est faite entendre, celle de Serge Klarsfeld, et ça fait mal. En ne comprenant pas ce qui empêcherait à Pie XII d’être saint, l’infatigable chasseur de nazis et récent Commandeur de la Légion d’honneur, sème l’embarras et la tristesse dans la communauté. Serge Klarsfeld ne peut pas raisonnablement dire dans un même entretien que la communauté juive n’a pas à s’immiscer dans ce débat et défendre dans le même temps la béatification de Pie XII !
Comment ignorer les importants travaux de deux des plus grands historiens contemporains, Léon Poliakow et Saül Friedlander ? Pour ce dernier, Hitler n’a pu agir avec autant d’ampleur qu’avec la certitude que l’Eglise resterait silencieuse. En cela Pie XII a été, même passivement un solide allié du IIIème Reich. Il a fallu des décennies pour qu’un dialogue judéo-chrétien puisse s’installer après cette immense blessure, et il en faudra probablement de nombreuses autres pour que ce dialogue se poursuive de façon féconde après que Eugenio Pacelli aura été béatifié. Pour ne rien arranger, l’Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois semble opportun de déclarer ceci : « Dire qu’il n’a rien fait, ou prétendre que les 5000 Juifs romains qui ont été épargnés dans la rafle de juin 1944 l’ont été à son insu, c’est complètement aberrant. (…) Il y a une espèce de fixation névrotique dans ce cas-là, on veut à tout prix en faire une caricature… ». « Fixation névrotique… ». Oui, ce peuple qui était encore considéré comme « déicide » sous Pie XII demeure assez névrosé par la Shoah et peut être plus encore par les relents nauséabonds actuels. André Vingt-Trois n’œuvre pas réellement à l’apaisement, ce que l’on été en droit d’attendre du successeur du Cardinal Lustiger. Deux époques, deux générations, deux styles. D’un coté Jean-Paul II et Jean-Marie Lustiger, de l’autre Benoit XVI et André Vingt-Trois. Le silence assourdissant et complice de Pie XII trouve aujourd’hui un écho verbalisé.
Il y a douze ans, l’Evêque de Saint-Denis lisait devant le camp de Drancy une déclaration de repentance de l’Eglise chrétienne. En 1986, Jean-Paul II se rendant dans la grande Synagogue de Rome parla des Juifs comme les « frères ainés des chrétiens ». Tout ceci appartiendrait donc à une autre époque désormais révolue ? Nous ne voulons y croire, mais il faudra bien des signes et des paroles pour renouer un dialogue nécessaire.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 29 NOVEMBRE 2009
« Le syndrome de Babel… »
Bonjour,
Le « syndrome de Babel ». C’est ainsi que le journal « La Tribune » titrait un article récent dans ses colonnes. Ne pensez pas que ce grand quotidien économique se mette à réserver un espace religieux ou spirituel à ses lecteurs. Non, c’est le fruit d’une analyse tout à fait intéressante après que les grandes places boursières du monde aient décroché après l’annonce de la faillite de Dubaï.
Pour « La Tribune », il existe un syndrome de Babel qui se caractérise par le fait que le pays qui construit la plus haute tour du monde se trouve presque dans tous les cas victime d’un Krach économique. La tour Burj Dubaï est la plus haute tour habitable au monde, culminant à 818 mètres, on approche le kilomètre à la verticale. Autant dire que les cieux ne sont plus loin du sommet de la tour. Et bien, selon « La Tribune » la crise qui vient de secouer les marchés s’inscrit dans ce syndrome de Babel. Les précédents sont éloquents : L’Empire State building est inauguré en 1930, annonciateur de la grande crise des années 30. En 1974, ce sont les tours Sears de Chicago qui inaugurent une nouvelle période de crise dite de stagflation. En 1997, la Malaisie voit sortir de terre les tours Petronas, et la crise asiatique suivra.
Hasard ou coïncidence ? Le syndrome de Babel n’en est pas moins révélateur d’une certaine quête qui consiste pour un pays à vouloir ériger ce qu’il y a de plus haut comme un étendard d’un triomphe ou d’une prospérité. Jusqu’à jeudi dernier, Dubaï était le symbole insolent de la réussite économique, d’une croissance à deux chiffres, là où toutes les économies étaient en berne ou marquaient le pas. Dubaï était l’eldorado de tous les jeunes loups qui voulaient faire carrière.
La tour de Babel était cette construction voulue par Nemrod pour unifier les hommes en un projet commun et une seule langue. Dieu jugea ce projet arrogant. Le lecteur de la Torah peut ressentir une certaine frustration dans le fait que ce projet n’ait pas abouti. Après la génération de Noé et le déluge, la tour de Babel représentait un certain espoir. De même pourrions-nous penser aujourd’hui que de grandes constructions, souvent dispendieuses, sont un hommage au génie de l’homme et à la construction collective. Il n’en est rien, la mesure (dans tous les sens du terme) nous est demandée.
Vous avouerez qu’en ce jour ou les électeurs du Consistoire sont appelés aux urnes, le syndrome de Babel ne semble pas toucher l’Institution ! Est-ce pour ne pas reproduire cet épisode biblique que les différentes listes se querellent ainsi ? Souhaitons un peu de Shalom à notre Communauté et à ses dirigeants ou ceux qui aspirent à l’être.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 22 NOVEMBRE 2009
« Le football au secours de l’identité nationale… »
Bonjour,
Personne n’aura pu échapper à ce fait d’actualité de la semaine, à savoir cette fameuse main de Thierry Henry qui a propulsée l’équipe de France de football en Afrique du Sud pour y disputer le Mondial. J’imagine que chacun est parvenu à un point de saturation paroxysmique autour d’une affaire qui est devenue une question nationale.
Comme beaucoup, je n’ai pu m’empêcher de faire un lien assez évident entre la Parashah que nous lisions durant la semaine, Toledot, et cet événement. Que n’a-t-on entendu autour de la tricherie qui a fait se dresser même ceux qui ne se souciaient guerre du ballon rond ! Et c’est bien de cela dont il était question dans Toledot lorsque Jacob s’est sournoisement octroyé la bénédiction de son père alors que celle-ci revenait en toute logique à son frère. Le destin du Peuple Juif aurait été bien différent sans cette bénédiction patriarcale qui assurait au Peuple d’Israël un certain avenir. Certes on ne peut comparer le récit fait de Jacob et d’Esaü à ce match France-Irlande.
Pourtant c’est bien autour de cette émotion contre la tricherie que la France a fait corps, ce qui est suffisamment rare pour qu’on le souligne. Et c’est en plein débat sur la question de l’identité nationale qu’un sujet sportif semble unifier la communauté française. L’immense majorité des français, de toutes conditions, s’émeut de ce que les couleurs de la France puissent être associées à un acte que la morale républicaine reprouve. Il y a un coté, et c’est nouveau en France, assez anglo-saxon. Tout est permis hormis le mensonge. C’est peut être la vertu de ce match de football que de permettre de réfléchir et de s’émouvoir autour de valeurs communes là où les politiques peinent à faire avancer le débat.
Dans la Loi Juive, lorsque l’on parle de « toledot » on évoque les sous-catégories d’une loi principale. Et on le sait, c’est souvent dans le détail que réside l’essentiel. De la même façon, l’enjeu sportif n’est qu’un prétexte à réfléchir une question bien plus vaste : Comment va-t-on expliquer à nos enfants que ce n’est pas bien de tricher après la qualification de la France ? Pouvait-on lire ou entendre dans tous les médias. La question est légitime et elle n’aurait pu se poser en ces termes sans un exemple aussi criant autour d’un sport fédérateur. « Gam zou letova », « même en cela il y a du bon » selon le dicton bien connu. On a raison de critiquer l’équipe de France mais on devrait presque lui savoir gré de susciter un tel débat.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 8 NOVEMBRE 2009
« Lettre à Serge Benattar… »
Bonjour,
La lecture de l’éditorial du dernier Actualité Juive, m’a inspiré cette lettre que je souhaite partager avec les auditeurs de Judaïques FM :
Cher Serge Benattar,
Comme de très nombreux lecteurs, lorsque Actualité Juive arrive dans ma boite aux lettres le jeudi matin, je m’empresse de lire votre éditorial. Parfois en lien avec la couverture de votre hebdomadaire et parfois, ce sont les éditoriaux que je préfère, inspirés par votre regard sur la communauté, vos propos sont parmi ceux qui inspirent les orientations communautaires. Il vous arrive même, c’est rare dans la presse en général, de dénoncer des attitudes ou des comportements faisant fi des retombées face aux annonceurs.
Dans votre dernier éditorial, en pleine campagne électorale du Consistoire, vous proposez une piste en apparence audacieuse qui devrait contribuer, au-delà des querelles et vaines polémiques, à nourrir la réflexion de celles et ceux qui aspirent demain à diriger cette institution bicentenaire. En vous frottant au problème préoccupant et urgent des conversions, vous avez conscience que votre initiative ne fera pas l’unanimité. Vous prônez la création en France d’un « Conseil rabbinique national » dont la seule compétence sera d’accepter au sein du Peule Juif ceux qui aspirent à y entrer. Vous précisez cependant que cela concernera exclusivement les enfants nés d’un père Juif et d’une mère qui ne l’est pas. Aujourd’hui les enfants nés d’un mariage mixte ont la possibilité de « régulariser »leur statut pour prendre la terminologie consistoriale ou de se « confirmer » dans leur religion selon les libéraux. La « régularisation » me fait un peu penser au sort des sans-papiers, la confirmation elle, laisse à penser qu’il s’agit d’une simple formalité. Dans les faits, le Consistoire fait peu de différence entre un enfant né d’un père Juif et un candidat sans ascendance juive. Si les Pirké Avot nous demandent de faire « une haie autour de la Torah », les candidats à la conversion se trouvent souvent en réalité, comme vous le soulignez, devant un mur infranchissable et disons-le hostile. Le judaïsme ne fait pas de prosélytisme, c’est entendu. Pour autant, le sectarisme ne devrait jamais pouvoir être associé à notre belle et vieille religion.
Le saviez-vous, cher Serge Benattar, René Samuel Sirat, alors Grand Rabbin de France, avait proposé lorsqu’il était en fonction aux libéraux qu’il puisse exister un Beth Din commun dans lequel siégerait, sur les trois Rabbins, un Rabbin libéral. Lequel aurait eu toute liberté pour choisir et former ses candidats avant de les présenter. Oui mais voila, si cette idée était en apparence généreuse (le Grand Rabbin Sirat avait même dit avoir fait alors 90% du chemin vers les libéraux), elle se heurtait à la différence de la question des conversions entre orthodoxes et libéraux. Pour les premiers, les candidats doivent être instruits quasi-exclusivement des questions halakhiques (Hallah, Nidda, Hadlakah), alors que pour les seconds, la halakhah est un sujet au milieu d’autres comme l’histoire, la pensée juive… Un « candidat libéral » se serait alors retrouvé face à un Beth Din dans lequel les critères d’évaluation n’auraient pas été communs. Sans surprise, cette proposition n’a jamais été reprise par le successeur du Grand Rabbin Sirat. Aujourd’hui nous pourrions penser que l’actuel Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, serait plus enclin à étudier cette question. S’il se montre particulièrement ouvert sur de nombreuses questions et accepte le dialogue avec tous, je crains que votre proposition ne se heurte à l’orthopraxie légitime revendiquée par Gilles Bernheim.
Il y a, en France, une dizaine de Rabbins libéraux qui acceptent environ deux cents candidats à la conversion par an. Plus d’un millier sont refusés ou « disparaissent » en cours de route. Voyez-vous ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler du laxisme ou des conversions « au rabais ». Oui cela honorera le Consistoire, qui aujourd’hui a toute la légitimité, à considérer la question des conversions en réfléchissant à la notion d’unité communautaire.
Votre éditorial avait un parfum messianique, mais n’est-ce pas là notre responsabilité que d’hâter l’avènement de ce temps ?
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 1ER NOVEMBRE 2009
« Nous sommes tous des étrangers… »
Bonjour,
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais au-delà de positions politiques, je me sens très mal à l’aise avec le débat actuel autour de l’identité nationale sur fond de clandestins reconduits par charters dans leurs pays d’origine, même lorsque celui-ci est en guerre. Le seul fait de fixer un quota de reconduites à la frontière d’étrangers est nauséabond. Le débat doit dépasser les clivages traditionnels. On se souvient encore des propos de Michel Rocard : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde ». Aujourd’hui la droite est au pouvoir et la question est portée par un socialiste repenti. Quadrature du cercle bizarre qui consiste à la fois à devoir expulser et définir ce qu’est l’identité française.
Comme beaucoup, mes racines hexagonales ne dépassent pas une génération. Ma mère est née en Tunisie et mes grands-parents paternels en Turquie. Je suis certainement moins légitime dans la communauté française qu’un descendant d’un ancien tirailleur sénégalais ! Et pourtant je suis français, mes enfants aussi. Suis-je un étranger sur ma terre natale ? Probablement pour certains. Je sais simplement qu’en tant que Juif, le souci de l’étranger est le mien. « Vous aimerez l’étranger, vous qui avez été étrangers dans le pays d’Egypte ». Cette injonction dans le Deutéronome est une Mitsvah, un précepte positif. Qui est l’étranger pour moi ? Tous ceux qui ne sont pas Juifs ? Tous ceux qui ne sont pas français ? Tous ceux qui ne sont pas des Juifs français ? Non, l’étranger est celui qui m’est différent et pourtant semblable car ayant le même Créateur. Plus encore, la Torah nous le rappelle avec force : « Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l'étranger qui séjourne avec vous, et tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte Je suis l'Éternel votre Dieu ». Et comme si cela ne suffisait pas, Rashi précise les choses : « Je suis l’Eternel votre Dieu, cela signifie : Je suis ton Dieu et son Dieu ».
Notre perspective en tant que Juifs ne peut s’orienter que vers une seule question et aucune autre : comment intégrer l’étranger dans notre communauté, religieuse ou nationale ? Je ne suis pas d’accord avec l’orientation actuelle donnée par le Gouvernement, et pourtant je ne pense pas un instant, comme le disent de nombreux observateurs, qu’il y ait des relents pétainistes dans les propos du Président de la République autour de la valeur de la terre comme vecteur de l’identité nationale. Cette terre dont les sillons seraient abreuvés par un sang impur, cette terre qui serait le dernier rempart contre l’étranger, le droit au sol qui le disputerait au droit du sang. L’identité nationale, à l’heure de l’Europe, de la mondialisation, de l’instantanéité des échanges n’est pas dans le sol. L’identité nationale réside avant tout dans le sentiment profond de partager des valeurs communes et de les défendre. Celles-ci ne sont pas à chercher loin, mais dans notre devise nationale qui devrait nous éloigner d’un débat qui n’est pas digne de la France.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 25 OCTOBRE 2009
« Haro sur Attali… »
Bonjour,
Qui aurait pu croire qu’un homme de l’envergure de Jacques Attali puisse parvenir à se mettre à dos la communauté juive ? Triste destin des grandes personnalités publiques qui sont un jour adulées et un autre piétinées. Jacques Attali qui, lorsqu’il était conseiller spécial de François Mitterrand, était la fierté et l’emblème d’une communauté juive qui voyait en ce jeune juif né en Algérie l’exemple même de l’intégration dans la société française. A l’Elysée, son bureau était mitoyen de celui du Président de la République et nul secret n’existait.
Le scandale est parti d’une interview que l’économiste français a accordée le 16 octobre dernier au quotidien israélien Haaretz. L’entretien devait porter sur le microcrédit, sur la place d’Israël dans le monde, le conflit israélo-palestinien, mais le journaliste renvoyait en permanence Jacques Attali sur la question de l’antisémitisme en France, un antisémitisme clairement identifié comme étant musulman. Excédé, Attali, a eu des mots durs et catégoriques réfutant l’idée que l’antisémitisme soit un problème en France. Plus encore l’illusion d’un antisémitisme en France n’existerait que par une « propagande israélienne ». Mais les fait sont têtus, le Ministère de l’intérieur rapportant pour le premier semestre de l’année 2008 631 actes antisémites sur le territoire français contre 474 pour l’ensemble de l’année 2007. Autant dire que l’antisémitisme n’est pas seulement un « problème » en France, c’est une réalité alarmante.
Et pourtant, j’aurais tendance, si ce n’est à justifier les propos de Jacques Attali, à lui trouver certaines excuses. Chacun de ceux qui se sont rendus en Israël ont fait cette expérience dans le taxi qui quitte l’aéroport d’un chauffeur qui interroge le passager sur sa nationalité. Immanquablement, on nous parle de l’antisémitisme en France comme si le fait d’être identifié comme juif conduisait chacun d’entre-nous à s’exposer à une tentative immédiate de meurtre. Gaza apparait presque comme une zone de paix face à Paris et sa banlieue ! Oui les actes antisémites existent en France et en nombre, non la France et ses représentants ne sont pas antisémites.
Le Crif a été dans son rôle en le rappelant dans un communiqué et en constatant qu’il « existe un climat de détestation des Juifs qui s’exprime par des insultes et souvent par des agressions physiques ». En dépit de l’amitié et du respect que j’ai pour le BNVCA dirigé avec passion et abnégation par son président Sammy Ghozlan, la réaction de cet organisme qui lutte contre l’antisémitisme me semble disproportionné et insultant. On ne peut pas qualifier Jacques Attali de « négationniste », pas plus qu’il « n’injurie la mémoire d’Ilan Halimi ». Cela n’est pas sérieux. A se tromper d’ennemis on déroule un tapis rouge à ceux qui propagent l’antisémitisme. Est-ce bien responsable de répondre ainsi par communiqués de presse à ce qui est un dérapage sur lequel l’auteur est revenu. Acceptons l’idée selon laquelle il niait l’existence d’un antisémitisme politique. Pour celui qui a vu monter l’extrême droite en France jusqu’à être présent au second tour des présidentielles (on semble vite l’oublier), la marginalité du Front National dans le paysage politique français peut laisser à penser que cet antisémitisme là n’est plus un problème. C’est tout le crédit que je veux donner à Jacques Attali.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 18 OCTOBRE 2009
« Un mois de sobriété… »
Bonjour,
Nous entrons aujourd’hui dans le mois de Heshvan. Ce mois de notre calendrier est le seul à ne compter aucune fête, ce qui lui vaut cet additif qu’est le mot « mar » qui signifie « amer ». L’amertume relative de ce mois est due au fait que nous sortons de Tishri qui est, à n’en pas douter, le mois le plus chargé en fêtes de l’année juive. Rosh Hashanah, Kippour, Souccoth, Shemini Asseret, Hoshanah Rabba et Simhat Torah ont jalonné les 30 derniers jours. Autant dire que pour beaucoup ce fut le mois qui a représenté un pic dans la fréquentation de la synagogue et dans les rassemblements de repas en famille.
Alors voila que ce mois de Heshvan devient synonyme d’amertume dans la mesure où, il nous faudra composer au rythme des Shabbatot sans espérer d’autres célébrations communautaires. Très honnêtement cette amertume est tout de même aussi pour les Rabbins comme pour tous les acteurs de la vie d’une communauté le signe d’un relatif repos assez salutaire ! Ceci étant dit il serait assez inexact de considérer que le mois de Heshvan est vide. Le 17 Heshvan commémorera deux événements bibliques de la plus haute importance. Dans l’ordre chronologique l’on prétend que c’est à cette date que commença le déluge, dont nous faisons cette semaine l’évocation dans la lecture de la Parashah et, c’est toujours à cette même date que sous le règne du Roi Salomon se termina la construction du premier Temple de Jérusalem. Le déluge nous renvoi au personnage emblématique que fût Noé et qui vécut près de mille ans. Et il est intéressant et amusant d’observer que ce mois de Heshvan qui est celui de la sobriété nous rappelle dans le même temps que Noé fut l’inventeur du vin. Il inventa ce breuvage qui nous semble bien français et fût le premier homme à en connaître les méfaits ou les bienfaits, c’est selon, dans les excès ! Noé fit la découverte de l’ivresse à tel enseigne que si Dieu le désigna pour sauver l’humanité, ou la reconstruire, il ne fut pas considéré comme un homme juste, tel Abraham, car l’ivresse l’avait conduit à s’abandonner et à médire. Les gourmets observeront également que Dieu fit bien les choses puisqu’il autorisa Noé à consommer de la viande alors que, depuis les dix générations qui séparaient Adam de Noé, l’homme était réduit au végétarisme. Ainsi celui qui sauva les espèces animales fut aussi celui qui fut autorisé à en consommer sans à l’époque aucune restriction alimentaire si ce n’était de ne pas consommer d’un animal vivant et de ne pas en manger le sang. On imagine donc les agapes de Noé carnassier et buveur de vin.
Cela tranche singulièrement avec la sobriété que l’on attend de chacun d’entre-nous durant un mois. Mais la lecture de la Parashah cette semaine nous aidera aussi à comprendre, au sortir de cette période d’introspection, que la perfection n’est pas de ce monde mais que tout au moins nous nous devons de vivre selon des principes de droiture et d’honnêteté.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 27 SEPTEMBRE 2009
« Nous serons bientôt 7 milliards… »
Bonjour,
Dans quelques petites heures, nous entrerons dans la journée la plus intense de l’année. Le Jour des expiations ne sera pas seulement celui des fideles juifs qui se presseront dans les synagogues ou les salles louées pour l’occasion, le monde entier est depuis Rosh Hashanah placé dans l’attente du jugement divin. Pour autant, Kippour ne revêt pas un caractère universel, sont expiés ou inscrits dans le Livre de la Vie, ceux qui implorent le pardon divin. Il n’en reste pas moins que ce jour doit nous faire prendre conscience de notre place dans l’humanité, dans la société, dans la cité en redéfinissant notre rapport à l’autre.
Il se trouve que tous les ans, à pareille époque, la PRB, la Population Reference Bureau, rend sont rapport sur l’état démographique et économique de la population mondiale. Un rapport toujours passionnant et que chacun peut consulter sur le site www.prb.org. Ainsi apprenons-nous que nous serons d’ici deux ans 7 milliards d’hommes et de femmes à habiter sur terre. Je ne peux m’empêcher de considérer que le premier billet d’humeur que j’ai eu l’honneur de donner sur Judaïques FM il y a 10 ans portait comme titre : « Nous sommes 6 milliards ». Songeons simplement que l’accroissement naturel de la population chaque année, c'est-à-dire le différentiel entre les naissances et les décès, est de 82 millions d’hommes. Plus qu’un accroissement spectaculaire, la véritable préoccupation est dans la possibilité qu’a la terre d’accueillir autant d’êtres humains. L’épuisement des ressources naturelles et la fracture entre les pays riches et pauvres sont de plus en plus criants. Un homme sur six aujourd’hui est affamé. On ne parle même plus de seuil de pauvreté, mais de survie. Plus de 50% de l’humanité vit dans des zones urbaines et se trouve tributaire d’une agriculture à bout de souffle. Alors qu’en Europe les producteurs de lait déversent, désespérés, des millions de litres de laits, un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants vit au jour le jour, le ventre vide.
Je n’évoque pas tout cela pour relativiser notre jeûne à venir, c’en serait indécent, mais pour que nous prenions conscience lorsqu’approchera la fin de Kippour et que nous penserons déjà au repas de fête, que notre confort est une insulte au reste de l’humanité si nous ne nous soucions pas des plus fragiles.
Au fait, pendant que je lisais ce billet, 750 enfants sont nés sur cette planète. Eux aussi ont leur place dans le Livre de la vie.
Je vous souhaite un tsom kal, g’mar Hatima Tova. Je vous retrouverai à l’issue des fêtes, le dimanche 18 octobre. D’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.
BILLET DU 6 SEPTEMBRE 2009
« Quand les Juges sont jugés… »
Bonjour,
Alors que nous nous apprêtons à entrer dans les fêtes de Tishri et les dix jours redoutables qui nous conduiront jusqu’à Kippour, tout doit nous faire réfléchir en ce moment à l’idée de justice. Hasard de l’actualité, la justice, celle des hommes, est placée au centre des préoccupations depuis que la commission présidée par l'ancien haut magistrat Philippe Léger a rendu au Président de la République son rapport. Quelles sont les grandes orientations de ce rapport ?
Le procureur serait désormais chargé de diriger les investigations sans que son lien de subordination avec la chancellerie ne soit changé. Le « plaider-coupable » serait introduit aux assises, le recours à la détention provisoire serait limité, la garde à vue ne serait maintenue que pour les seules infractions passibles de la prison, l’avocat pouvant intervenir dès la première heure, les arrêts de cour d’assises devraient être motivés et surtout, le juge d’instruction serait supprimé au profit d’un « juge de l’enquête et des libertés » dont la seule mission serait de contrôler les investigations, à défaut de les mener, en arbitrant entre le parquet et la défense.
Autant dire que le rapport Léger signe la fin du juge d’instruction, véritable institution et pilier de la justice française. Pour s’en convaincre il n’est qu’à se rappeler ces mots de Balzac, il y a bientôt deux siècles, dans « Splendeurs et misères des courtisanes » : « Aucune puissance ni le roi, ni le garde des sceaux, ni le Premier ministre ne peuvent empiéter sur le pouvoir d’un juge d’instruction. Rien ne l’arrête, rien ne lui commande. C’est un souverain soumis uniquement à sa conscience et à la loi… La société déjà bien ébranlée par l’inintelligence et par la faiblesse du jury serait menacée de ruine si on brisait cette colonne qui soutient notre droit criminel ». Balzac ne s’y était pas trompé en qualifiant le juge d’instruction « d’homme le plus puissant de France ».
Voila donc un rapport qui va dans le sens souhaité par le Président de la République et qui résulte grandement du fiasco du procès d’Outreau qui avait mis au jour la toute-puissance du seul juge. La Torah considère qu’une société doit se munir de juges et de magistrats. Leur fonction est centrale pour arbitrer équitablement, pour entendre à charge et à décharge et pour rendre une justice juste. Le modèle préconisé dans le rapport Léger va certainement permettre de fluidifier les procédures en risquant, cependant, de faire l’économie d’une enquête approfondie par un juge impartial et libre. Les questions qui se posent sont nombreuses et peuvent se résumer au fond en une seule : le parquet peut-il à la fois accuser et juger ? Question plus complexe encore si l’on considère que les procureurs sont sous l’influence directe de la chancellerie, donc du pouvoir politique. On imagine aisément que dans certains dossiers sensibles, ce ne sont pas les procureurs qui rendront la justice mais le pouvoir politique en place au gré des humeurs, des rancœurs ou des amitiés.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
« Quand la Tsedaka porte la joie … »
Bonjour,
Nul ne pourra y échapper cette semaine : c’est la rentrée. La crise est passée par là donnant un goût d’austérité à un moment qui implique de lourdes dépenses. L’école juive dans laquelle se trouve l’un de mes enfants en appelle à la générosité des parents qui le peuvent, pour soutenir l’établissement qui doit faire face à la crise et dans lequel de plus en plus de familles ne sont plus en mesure d’assumer les frais d’écolage. C’est une situation préoccupante qui n’épargne personne.
Une très heureuse initiative a eu lieu dans ce contexte morose. Le Consistoire de Paris a accompagné onze enfants issus pour la plupart du CASIP-COJASOR, dans leur Bar ou Bat Mitsvah. Ces jeunes, dont les familles n’ont pas les moyens d’offrir une fête et tout ce qui l’accompagne, ont trouvé une aide qui, loin de n’être que charitable, a permis à ces onze enfants d’avoir une belle fête dans un grand salon de réception parisien avec orchestre et diner festif. Ils se sont même vus offrir des baladeurs MP3, des ordinateurs portables et autres présents qui viennent souvent couronner l’étape de la majorité religieuse. Ces onze enfants ont eu le droit à une Bar Mitsvah à l’instar de leurs camarades plus fortunés. Actualité Juive en a rendu compte d’une très belle manière.
On sait que la Tsedaka demande un effort considérable, et de fait elle n’a souvent de sens que si elle représente un sacrifice plus qu’une aumône. Nous demandons tout au long de l’année aux donateurs de faire confiance aux institutions qui les sollicitent. Je me dis qu’à travers cette initiative du Consistoire, chaque donateur doit se sentier fière d’avoir ainsi pu contribuer à un tel événement. On pourrait penser que si l’époque est à l’austérité, les festivités de la Bar Mitsvah doivent répondre à cette règle et que l’on pourrait mieux employer les fonds confiés dans d’autres actions moins évanescentes que d’égayer une soirée. Et pourtant, la Tsedaka, dans ce qu’elle représente de rétablissement d’une certaine justice, trouve tout son sens dans une telle action. Action qui pourrait être poussée encore plus loin en instaurant, par exemple, une forme de maasser, de dîme morale et matérielle, qui consisterait à ce que les familles les plus aisées se restreignent un petit peu dans l’élaboration d’une fête en réservant une partie de la somme qui aurait été employée à la distribuer à une caisse commune qui permettrait d’étendre l’initiative consistoriale ou d’autres communautés. Cette dîme pourrait également être appliquée aux salles de réception, traiteurs et autres orchestres qui une à deux fois par an offriraient gracieusement leurs services à ces familles.
Certes, l’essentiel dans une Bar ou Bat Mitsvah n’est pas dans la fête mais dans la célébration religieuse. Mais c’est ainsi, le kiddoush qui suit la cérémonie à la synagogue et la fête font partie intégrante de ce temps. Priver un enfant de cette réjouissance, dans une telle étape de sa vie, c’est l’amputer dans sa célébration.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 26 JUILLET 2009
« La meute a son feuilleton estival… »
L’été est toujours propice à un genre bien français : les feuilletons. A la télévision tout d’abord avec des téléfilms qui couvriront les deux mois estivaux. Les radios généralistes ont leurs émissions qui ne durent qu’un temps. Les journaux les plus sérieux ont leurs grilles de jeux et autres quizz. Le traitement de l’actualité semble être chamboulé durant l’été et ne répond plus aux codes ou lignes éditoriales habituels.
Alors on ne s’étonne plus que les informations habituellement relayées au second plan puissent se trouver à la une en s’inscrivant dans ce genre du feuilleton qui tiendra en haleine les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs durant tout un été. Celui qui en fait les frais en cet été 2009 est Julien Dray. Je ne connais pas l’homme au-delà de ce qu’en disent les médias precisemment. Je me souviens seulement que ce juif oranais a été l’un des fondateurs de SOS Racisme. Depuis plus de 20 ans il est député socialiste, parti dans lequel il comptait et apparaissait avoir un avenir certain. Depuis la fin de l’année 2008, le député de l’Essonne se trouve au cœur d’une affaire financière. Ce dossier est très largement médiatisé et comme tout ce qui bénéficie d’une telle exposition médiatique il convient d’être circonspect. Au moins deux principes fondamentaux de la justice sont bafoués sous nos yeux complaisants : la présomption d’innocence et le secret de l’instruction. Voila un homme jeté en pâture sur la place publique à travers une surenchère malsaine et nauséabonde au média qui sera en mesure de donner le plus de « biscuits ». Ainsi un rapport de synthèse est-il connu de certains médias avant même que les parties civiles y aient eu accès ! Ce rapport incestueux entre médias et justice est révoltant. Comment un homme peut-il raisonnablement se défendre ou tout simplement s’expliquer alors même que l’opinion publique est forcée de suivre la seule information qu’on lui communique ?
J’ai conscience qu’un homme politique est un justiciable comme les autres. Mais alors précisément qu’il le soit et que des déboires éventuels avec la justice ne donnent pas lieu à un règlement de comptes aussi lâche. Les français restent bouleversés par l’issue tragique de la traque médiatico-judiciaire à l’encontre de Pierre Bérégovoy. Mais la mémoire est courte et l’arène politique se délecte de ces combats qui voient l’un des leurs mettre le genou à terre. Quelques soient les éventuels manquements de Julien Dray, il est inacceptable que l’honneur d’un homme puisse être bafoué au bénéfice du jeu politique et de la course au scoop. Etre un homme public ne justifie en rien de devoir tolérer ce qui serait inacceptable pour un citoyen lambda.
Je vous retrouverai avec plaisir le dimanche 23 août. D’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.
Billet d'humeur du 19 juillet 2009
« Drôle de boycott… »
Bonjour,
Une vidéo circule abondement sur internet ces derniers temps. On peut y voir, dans un centre commercial de la banlieue parisienne à Evry, un groupe de quelques dizaines de personnes manifester dans les allées de ce magasin Carrefour pour en appeler au boycott des produits israéliens. Drapés du drapeau palestinien pour certains, arborant un foulard palestinien pour d’autres, se recouvrant de ketchup pour une autre partie de ce groupe, les manifestants semblent évoluer très librement sans que cela ne suscite la moindre émotion si ce n’est d’empathie pour les badauds présents en famille ce jour là.
Le groupe présent arbore des produits que l’on imagine israéliens, des aliments, des lingettes, des couches pour bébés et autres jus de fruits. Aux cris de « Palestine vivra, Palestine vaincra », les manifestants évoluent avec une déconcertante facilité sans être interpellé à un seul moment par un vigile ou les forces de l’ordre. L’amalgame devient total lorsque l’un manifestant au milieu de ce groupe déploie une pancarte avec le nom de « Téva » qui est l’un des leaders mondiaux de l’industrie pharmaceutique commercialisant des milliers de médicaments.
Deux réflexions viennent spontanément à l’esprit en voyant cette vidéo surréaliste. La première c’est que les manifestants semblent vouloir soutenir la cause palestinienne en appelant au boycott des produits israéliens. Ce qu’ils semblent ignorer, c’est que ces mêmes palestiniens vivent en grande partie grâce à ces produits en provenance d’Israël. Que dire des médicaments « Téva » qui guérissent et sauvent des vies palestiniennes !
L’autre réflexion, c’est cette confusion extrême entre un soutien politique et idéologique, qui peut avoir toute sa légitimité, et le mode opératoire pour faire valoir ce soutien. Il faudrait donc asphyxier l’économie israélienne pour que le peuple palestinien accède aux droits qu’il revendique.
Derrière ces revendications c’est bien la haine contre Israël qui s’exprime. On le sait, en France être antisioniste n’est pas un délit alors que l’antisémitisme en est un. Alors cette haine s’exprime par des canaux qui sont à la limite de la légalité. Pour preuve, le maire communiste de Seclin, Jean-Claude Fernand Willem, s’est vu rappelé à l’ordre par la Cours européenne des Droits de l’Homme pour avoir appelé au boycott de produits israéliens. « Acte discriminatoire » et « ingérence litigieuse » pour le maire qui n’a pas à appeler la population à un boycott qui serait admis s’il s’agissait d’une volonté nationale. De la même façon pourrait-on considérer que la manifestation à Evry ne relève pas de la liberté d’expression et constitue un acte délictuel. Ce sera à la justice française de le dire pour autant qu’elle soit saisie, ce qui ne semble pas encore être le cas à ma connaissance. Observons tout de même qu’il y a quelques jours, à l’appel entre autres du Crif, un rassemblement s’est tenu dans cette même enseigne « Carrefour » à Bercy 2 pour soutenir la volonté du groupe de commercialiser des produits israéliens. Mais c’était là un autre mode de manifestation, pas dans l’opposition avec le message haineux véhiculé, mais à travers un message positif et de soutien. Deux façons de faire, deux façons de penser.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 12 JUILLET 2009
« Cachez cet antisémitisme que nous ne saurions voir… »
Bonjour,
Le verdict est tombé dans la soirée de vendredi. On jugeait les meurtriers d’Ilan Halimi, car tous l’étaient, avec leur niveau de responsabilité. Ce procès qui s’est tenu à huis clos révèle l’impossibilité de la France à assumer et voir en face l’antisémitisme. Les journalistes furent tenus à l’écart. Ilan a vécu son martyr séquestré dans une cave. La justice a été rendue de la même façon, loin des regards. Alors on comprend mieux le vibrant plaidoyer de Bernard-Henri Levy comme l’on comprend la colère de Gil Taïeb dont je veux ici citer les propos :
« Le verdict est tombé et nos craintes sont devenues des faits. Certains des complices de Fofana vont être libérés! Le réquisitoire honteux du Procureur a permis le pire! Le ministère public par sa faiblesse à l'égard de certains complices à fait vaciller les jurés et l'horreur du crime s'est transformée en analyse banale d'un fait de société. Par ce verdict, non seulement Ilan est à nouveau assassiné, mais la complicité de meurtre devient banalisée! Aujourd’hui, en France, les témoins et petits collaborateurs de meurtres peuvent être libérés! J’ai honte pour notre justice! Quel message est envoyé à tous les tortionnaires potentiels! La faiblesse de la condamnation est en total contradiction avec les déclarations d'exemplarité demandée il y à 3 ans! Que s'est il passé? Je crains le pire car on veut nous tromper en ne communiquant que la condamnation de Fofana et de quelques uns de ses complices. On nous manipule, on veut nous faire oublier les autres ! Un mur de silence a tué Ilan, un mur de mensonges et de manipulation de l'information veut nous endormir! Si un seul des complices avait parlé Ilan ne serait pas mort!!! Comme l’a demandé Maître Francis Szpiner, le ministère public peut et doit, pour l'honneur de la République et de ses valeurs faire appel de ce verdict de la honte! Nous serons tous lundi 13 juillet place Vendôme, face au Ministère de la justice pour faire entendre la voix des citoyens choqués et scandalisés par ce verdict! L'honneur peut encore être sauf ! Mme Alliot-Marie doit intervenir ».
Et pourtant, la justice française ne semble pas considérer l’émotion suscitée par ce jugement, pour le Procureur de la République : "L'arrêt rendu est exemplaire à tous points de vue. Il a suivi certaines de mes réquisitions à la lettre et pour les autres il a respecté la hiérarchie des responsabilités que j'avais proposée". Certes tous les prévenus n’avaient pas à être jugés avec la même sévérité légitime qu’à l’encontre de Fofana, mais à trop vouloir hiérarchiser les responsabilités, elles ont été en réalité diluées. Ainsi certains ne seraient que de petites frappes alors qu’ils ont contribué à tuer un jeune homme parce qu’il était juif. Ce que le procès a en revanche démontré c’est que le calvaire d’Ilan aurait pu être arrêté à tout moment si un seul de ses tortionnaires avait parlé même en appelant anonymement les forces de police.
Ce verdict est révoltant. Il appartient à la nouvelle Garde des Sceaux de prendre ses responsabilités. Elle seule, et personne d’autre, peut à présent dénoncer ce jugement. Notre présence massive demain à 19h devant la chancellerie n’aura d’autre finalité que de lui rappeler sa responsabilité.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 5 JUILLET 2009
Le FN : Un ch’ti tour et puis s’en vont… »
Bonjour,
Ce dimanche a lieu le deuxième tour d’un scrutin décisif dans le Nord, à Hénin-Beaumont. Cette ancienne ville minière de 26.000 habitants se trouve sous les feux des projecteurs. Des élections municipales s’y tiennent après que l’ancien Maire, Gérard Dalongeville ait été mis en examen puis écroué pour des malversations financières. Le premier tour de ce scrutin a placé la liste du Front National en tète permettant à Steeve Briois et sa colistière Marine Le Pen d’imaginer se voir revêtir une écharpe tricolore ce soir.
Ainsi a t-on pu voir cette semaine dans les rues d’Hénin-Beaumont des manifestants dont une délégation de l’UEJF. L’inquiétude est réelle bien qu’un Front républicain se soit formé pour faire barrage au Front National.
L’humoriste et réalisateur préféré des français et adulé dans sa région du Nord a jugé bon de publier un communiqué vendredi dernier : "Le Front National véhicule des idées à l'opposé de notre identité régionale. Le Nord-Pas-de-Calais a toujours été une terre d'accueil, de tolérance, de respect de l'autre et de ses différences. Quoi qu'il se soit passé dans votre ville, quelles que soient vos colères et vos frustrations, rien ne justifiera jamais de voter pour un parti d'extrême droite. J'appelle donc à voter contre le Front National au 2ème tour des municipales d'Hénin-Beaumont ce dimanche".
Il est rare que Dany Boon prenne des positions politiques publiques, ce qui donne davantage de force encore à ses paroles. « Quel est le rapport entre Dany Boon et Hénin-Beaumont ? » s’interrogeait Marine Le Pen sur France Info. Quel est le rapport entre le Front National et l’identité régionale du Nord-Pas-de-Calais, pourrions-nous bien logiquement lui répondre ?
Vous avez certainement entendu ces habitants d’Hénin-Beaumont qui entendent pour la première fois glisser dans les urnes un bulletin de vote du FN. « Attention, je ne suis pas raciste » peut-on entendre dans la bouche de personnes qui s’excusent déjà de leur vote.
Dany Boon a eu raison, mille fois raisons, de sortir de sa réserve. Les observateurs prédisent que ce second tour ce jouera à 500 voix. Si l’Ambassadeur du Nord parvient à faire germer ne serait-ce qu’un petit doute dans l’esprit de ces électeurs, alors sa parole aura été utile.
Ce qui s’est produit à Vitrolles, Toulon ou Orange serait inexcusable sur des terres aussi généreuses et tolérantes. Dany Boon est parvenu à faire rire un large public avec les antinomies entre le Sud et le Nord. Ce qui se joue aujourd’hui est soudainement beaucoup moins risible. Il y a ceux qui critiquent l’humoriste de se servir de sa notoriété pour s’immiscer dans un débat politique qui ne le concernerait pas. Ces détracteurs ne sont certainement pas des lecteurs assidus des Maximes des Pères qui comprendraient alors la fameuse sentence : « Là où il n’y a pas d’hommes, sois un homme ». Dany Boon, comme d’autres l’ont compris en n’acceptant pas que ce soir la face de la bête immonde s’impose dans une région qui a un tout autre visage.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.
BILLET DU 28 JUIN 2009
« Neda… »
Bonjour,
Elle s’appelait Neda.
Neda Agha-Soltan. Elle avait 26 ans et elle tombée, samedi dernier, dans les rues de Téhéran atteinte d’une balle en pleine poitrine. Elle aura à peine eu le temps de dire « ca brûle, ca brûle » avant que ses yeux révulsés qui semblent fixer la petite caméra du téléphone portable qui saisit ces 30 secondes d’horreur, ne la voit sous nos yeux partir maculée de sang qui s’échappe de ses orifices. Son professeur de musique avec lequel elle s’était rendue à cette manifestation lui répète en farsi : « N’ai pas peur, Neda, ma chérie, n’aie pas peur… ». Des mots que la jeune femme ne peut déjà plus entendre.
La scène est insupportable, elle a fait le tour de la planète et a donné en même temps un visage à une révolte en Iran. Neda est devenue en quelques heures une icône, celle d’une jeunesse révoltée qui étouffe sous le régime en place et ne peut se résoudre à accepter des résultats falsifiés. Neda était venue se joindre à ces centaines de milliers de manifestants pour dire cela et rien d’autre.
Un calme précaire est revenu à Téhéran, non point que la révolte se soit tue mais parce que les milices font régner la terreur en Iran et parce qu’il est permis de tirer sur un manifestant. Alors cette jeunesse iranienne, plus des deux tiers de la population à moins de 30 ans, se cache et tente de communiquer avec le monde par internet.
Pendant ce temps le monde tente de se consoler de la disparition de Michael Jackson. Et c’est icône contre icône, le roi de la pop contre l’icône de la révolte de la jeunesse iranienne. Le combat est inégal et perdu d’avance, en tout cas dans les médias. La réalité est pourtant simple, en Iran on tue les opposants. Que l’on ne se méprenne pas, les iraniens ne sont pas dans leur grande majorité en accord avec Ahmadinejad. Celui que la communauté internationale fustige à juste titre démontre qu’il n’est pas simplement un tyran négationniste, il est également un dictateur de la pire espèce.
Le combat de la jeunesse iranienne est le notre car c’est celui de l’aspiration à la justice et à la liberté. Nous aurions tort de condamner un peuple à cause des méfaits de ses dirigeants. Pour information, il y a en Iran 25.000 juifs ce qui en fait une communauté significative de diaspora. On imagine aisément qu’il ne leur est pas facile de manifester. Mais nous pouvons porter leurs revendications, pour eux, pour un peuple, pour la mémoire de Neda.
Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.